L'affaire Angoulême, 10 août 1588

Les Ravaillac, une famille angoumoisine au cœur de la guerre de religion.

L'affaire Angoulême, 10 août 1588


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Lorsque le tocsin de la ville d’Angoulême vient troubler la tranquillité de cette belle journée d’été 1588, les angoumoisins pensent alors que les huguenots attaquent la ville. Pourtant, l’ennemi est déjà à l'intérieur, au cœur de la cité et alors que les gardent referment les portes du château ils se retrouvent pris au piège.



Retour aux origines des guerres de religion


Les trente-six années que durèrent les guerres de religion furent les plus tragiques de l’histoire de France et vont profondément transformer la société française qui depuis le baptême de Clovis, le 25 décembre 498 vit sous l’éclairage spirituel du christianisme. Le christianisme a certes déjà connu quelques bouleversements avec le grand schisme entre Occident et Orient en 1054 ou le schisme anglican en 1534, pourtant cette nouvelle division au cœur de l’Europe entre catholiques romains et les adeptes de la Réforme (appelés également réformés, protestants ou huguenots) va être à l'origine des affrontements les plus violents connus en France, dont l’épisode le plus célèbre est le massacre de la Saint-Barthélemy en août 1572.



Si la première des guerres de religion est historiquement fixée au dimanche 1er mars 1562 avec le massacre de Wassy, c’est pourtant un événement survenu 30 ans plus tôt qui mit le feu aux poudres. Dans la nuit du 18 octobre 1534, des protestants placardent à travers le pays et jusqu’à la porte de la chambre du roi François Ier des affiches favorables aux thèses de Luther, mais surtout d’une extrême virulence envers les catholiques, le pape et la messe.

En effet, ils y méprisent et se moquent entre autre d’une des bases essentielles de la foi catholique, l'hostie consacré dans lequel pour eux « il ne peut se faire qu’un homme de 20 ou 30 ans soit caché dans -ce- morceau de pâte ».



Bien qu’il fut connu pour son indulgence envers les autres confessions, François Ier (encore un charentais dans cette formidable histoire), ne peut tolérer une telle injure et fait fermement réprimer cette offense. Le premier fidèle réformé arrêté est alors exécuté le 13 novembre 1534. Quelques mois plus tard, le 13 janvier 1535 le Parlement de Paris fait interdire tous les livres jugés hérétiques le 21 janvier de la même année, six nouveaux reformés sont envoyés au bûcher. Mais la politique reprend ses droits. Voulant faire face à son grand rival, Charles Quint, François Ier s'allie avec les princes allemands dont bon nombre sont favorables à la Réforme et signe l'édit de Coucy le 16 juillet 1535, mettant fin aux poursuites contre les protestants si ceux-ci abjurent dans les six mois. L'affaire dite des placards est alors close, néanmoins la haine entre les deux clans, catholique et huguenot, est bien là et ne cesse alors de se répandre tel un venin durant les décennies suivantes.



La fin d’une dynastie


Le 10 août 1585, François de France, duc d’Anjou et frère du roi Henri III meurt de la tuberculose sans héritier. Alors qu’il était le premier dans l'ordre de succession, le roi n’ayant lui non plus toujours pas d’héritier, la fin de la dynastie des Valois semble proche. Pire, dorénavant le premier dans l'ordre de succession au trône se trouve être Henri de Navarre, chef des huguenots. Face à ce danger imminent, Henri de Guise prend alors la tête d’une nouvelle Ligue catholique qu’il va renforcer et avec laquelle il va prendre petit à petit plus de pouvoir et de puissance.Le pouvoir, celui-ci est très proche du duc de Guise qui n’hésite pas à comploter pour s’en emparer, même contre le roi. Les ligueurs firent courir la rumeur qu'Henri III envisagerait de céder son pouvoir au profit de Navarre. Le 11 mai 1588, les parisiens s’insurgent et dressent les barricades face aux gardes français et suisses : c’est la journée des barricades. Le roi est alors contraint de céder aux revendications d'Henri de Guise et de signer le 15 juillet 1588 l'Édit de l'Union dans lequel Henri III s’engage à lutter contre les protestants et à exclure Henri de Navarre de la succession.


Sentant le duc de Guise prendre son emprise sur le roi et craignant surtout d’être victime de sa jalousie, le plus célèbre des mignons d'Henri III, Jean Louis Nogaret de Lavalette, le fameux duc d'Épernon qui était alors paire de France et Colonel-Général de l’infanterie française, gouverneur militaire du bolonais et de Metz, ainsi que gouverneur de Provence, de Normandie, d'Aunis, de Saintonge et d'Angoumois décide de quitter Paris pour rejoindre Angoulême. Peu de temps après son départ, Henri de Guise l'accuse de vouloir pactiser avec les huguenots et de vouloir faire entrer Navarre dans la cité angoumoisine. Ordre est donné d’interdire l’entrée de la ville aux fuyards…mais celui-ci n'arrivera au maire de la ville, François Normand de Puygrelier et à Pierre Desbordes, capitaine du château, trois jours après l'arrivée du duc d'Épernon. Après avoir consulté le baron d'Aubeterre, David Bouchard et Méré le porteur des ordres royaux, la décision est prise : Épernon doit être arrêté.



Jean Ravaillac, du petit noble au conspirateur


Tout en haut de son plateau calcaire, la ville d’Angoulême domine la merveilleuse vallée de la Charente. Cette cité hautement catholique avec sa cathédrale Saint-Pierre, ses neufs paroisses, ses couvents des Cordeliers et des Jacobins, elle fait figure d’exception au milieu d’une campagne huguenote. Saccagée à deux reprises en 1562 et en 1568 par des bandes protestantes, ses remparts en gardent les séquelles, vestiges des guerres de religion en Charente. C’est là, qu'est installée une famille de petits notables dont les traces en angoumois remontent au début du XVI : les Ravaillac (on disait également les Ravaillat ou Ravaillart).



Ceux-ci, par l’acquisition d’offices de judicature et d'échevinage (personnes chargées de rendre la justice), cherchaient à s'élever dans la hiérarchie sociale. Ce fut le cas de François Ravaillac (?-1577), grand-père du régicide, qui en épousant la fille d’un riche procureur au siège royal d’Angoulême, Marguerite Lecomte (1520-1573), reprit sa charge à la mort de ce dernier. Il eut de ce premier mariage 4 enfants, Jean, Catherine, Michel et Pierre. Le fils aîné, Jean (~1540-1611) fit un bon mariage en épousant en 1575 Françoise Dubreuil de Fontreau, fille issue d’une noble et pieuse famille qui furent preuve de noblesse en 1598 et dont les armes portaient d’Azur à bandes dorées. Et pourtant, Jean fut déshérité au profit de son frère cadet Michel à qui François donna son titre de procureur au siège d’Angoulême. Jean occupe néanmoins, comme en atteste un acte daté de 1588, le poste de « Greffier de la mayrie d’Angoulêsme et mareschal des logis d’icelles », année où sa vie va basculer.



L'affaire Angoulême


Le 10 août 1588, au matin, alors que le duc d'Épernon termine ses exercices militaires au bas de la ville, il invite le maire Puygrelier et ses proches à venir déjeuner au château. Il apparaît aux conspirateurs que le moment est venu de passer à l'acte et mettre Épernon aux arrêts. Ils se réunissent alors dans les maisons voisines au château et dissimulent sous leur manteau épées courtes et pistolets avant d'entrer au château. Pendant que le duc, qui à beaucoup transpiré pendant ses exercices avec ses maîtres d'arme fait sa toilette pour se rafraîchir avant de passer à table, la duchesse, qui vient de sortir pour se rendre à la messe chez les Cordeliers est prise en otage par les ligueurs. Le château est alors pris d'assaut, des serviteurs d’Épernon sont tués. Ce dernier, après avoir mis le feu dans l’escalier menant à sa chambre, faisant preuve d’une force herculéenne se barricade en poussant deux énormes coffres (qui nécessiteront deux personnes pour être remis en place). Durant cet assaut, le maire de la ville reçoit un coup mortel. Tandis qu'Épernon est secouru par ses gentilhommes, une nouvelle vague d’assaillants arrivent avec à leur tête le frère du maire, qui sera le deuxième Normand de Puygrelier à mourir ce jour. Le château est en état de siège, mais des renforts arrivent encore : les troupes royales en provenance de Saintes, mais également des soldats envoyés par Henri de Navarre. Une poignée de survivants se réfugient dans une des tours, enfumés ils vont tenir 48h avant de se rendre…parmi eux se trouve Jean Ravaillac. Cet épisode marque le début de la déchéance pour Jean. Après avoir perdu son titre de greffier, il tombe dans l'ivrognerie, devient violent et connaît des ennuis financiers qui le conduiront jusqu’à la mendicité dont les registres du chapitre de la cathédrale d’Angoulême en garde les traces : « donné 16 sols au pauvre Ravaillac », « donné 10 sols au pauvre Ravaillac », « donné 8 sols au pauvre Ravaillac ». La suite du déshonneur pour la famille Ravaillac viendra quelques années plus tard, en 1610 lorsque François Ravaillac assassinera Henri IV en plein cœur de Paris.


A suivre...

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