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Epernon Explorations

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LA PISCINE D’ÉPERNON

LA PISCINE D’ÉPERNON


Une aventure collective (1934–aujourd’hui)



Un peu d’histoire


Bien avant que la natation ne devienne un sport, l’eau était d’abord un lieu de purification et de délassement. Les bains de la Grèce et de la Rome antiques répondaient avant tout à des préoccupations d’hygiène et de bien-être, tout comme les hammams qui se développèrent plus tard dans l’Empire ottoman afin de satisfaire aux prescriptions de l’islam. Les établissements les plus prestigieux abritaient cependant une natatio, vaste bassin à température tempérée où l’on venait nager autant pour le plaisir que pour l’exercice du corps.


En France, il faut attendre 1785 pour qu’une nouvelle étape soit franchie. Cette année-là, Barthélémy Turquin ouvre à Paris la première école de nage, aménagée sur un bassin flottant ancré sur la Seine, à proximité du pont de la Tournelle. Avec elle, le mot « natation » entre progressivement dans le langage courant, annonçant l’émergence d’une discipline appelée à connaître un essor considérable.


Pourtant, durant tout le XIXᵉ siècle, l’idée de se baigner demeure avant tout associée aux vertus hygiéniques de l’eau. Lorsque l’impératrice Eugénie fait des bains de mer une pratique en vogue, ce n’est pas encore la nage qui séduit les élégantes, mais le célèbre « bain à la lame ». Sous la vigilance de « guides-jurés », maîtres-nageurs assermentés garants de leur pudeur, les baigneuses sont conduites dans les flots et plongées, à plusieurs reprises, quelques instants seulement, au rythme des vagues. Plus qu’un loisir sportif, le bain reste alors un rite, où les bienfaits supposés de la mer l'emportent largement sur le plaisir de nager.


Des rivières aux premiers bassins



En pays d’Yveline, la baignade relevait longtemps d’un rapport direct aux cours d’eau. On n’allait pas à la piscine : on allait à la rivière. Aux beaux jours, on « faisait trempette » dans la Drouette, la Guesle ou les étangs voisins. La natation s’inscrivait alors dans des usages populaires, sans véritable structuration sportive.


La discipline figure pourtant dès l’origine parmi les épreuves des premiers Jeux olympiques modernes. En France, son développement reste longtemps limité. À l’occasion des Jeux de 1924 à Paris, la capitale se dote de la piscine des Tourelles — future piscine Georges-Vallerey — mais les équipements demeurent rares en province.


En 1958, le pays ne compte encore que 58 piscines publiques. Celle de Rambouillet n’ouvrira qu’en 1964. En 1969, l’État lance le programme des « Mille piscines », destiné à combler un retard devenu manifeste dans le domaine des équipements aquatiques.


Dans ce contexte national, le projet épernonnais de 1934 apparaît particulièrement précurseur.


Un projet local dans un contexte dégradé


En 1934, la commune d’Épernon compte un peu plus de 2 000 habitants. C’est pourtant à cette date qu’émerge l’ambition de construire ce qui deviendra la septième piscine olympique de France.

L’initiative s’inscrit également dans une situation environnementale dégradée. La Drouette est alors fortement polluée par les rejets urbains de Rambouillet ainsi que par ceux de certaines activités industrielles, notamment la charcuterie de Saint-Hilarion. Les lieux de baignade traditionnels deviennent progressivement impropres.


L’Amicale des Anciens Élèves des Écoles d’Épernon (AAEEE), fondée en 1907, porte depuis plusieurs années l’idée d’un équipement structurant. En janvier 1934, elle engage concrètement le projet. 


Une demande de subvention est adressée à l’autorité préfectorale afin de soutenir la réalisation de l’ouvrage et l’installation de douches chaudes à destination des élèves des écoles communales :

« Il s’agit d’une demande de subvention pour permettre d’activer la construction d’une piscine et l’installation de douches chaudes qui seront mises deux fois par semaine à la disposition des 850 élèves des écoles d’Épernon (garçons et filles). » Lettre au préfet, 19 novembre 1934.


La construction : une œuvre collective



Sans attendre les délais administratifs, les travaux débutent sur un terrain communal.

Le chantier repose largement sur une mobilisation bénévole. Membres de l’Amicale, habitants et sympathisants participent aux travaux. Seul le bétonnage du bassin est confié à une entreprise spécialisée.

Les cabines sont réalisées en bois de peuplier prélevé sur un terrain voisin, puis assemblées par le père Brisson, ancien monteur de moulins, reconnu pour ses « mains en or » (L’Écho Républicain). Ces installations seront utilisées jusqu’en 1960.


Entre adhésion et controverses locales



Le projet rencontre un large soutien, mais suscite également des réticences. Certains habitants expriment des inquiétudes d’ordre moral, liées notamment à la mixité des baignades.

Le père Acier, forgeron, figure parmi les opposants déclarés, évoquant publiquement ce qu’il considère comme un trouble aux bonnes mœurs. Ces positions s’inscrivent dans un contexte où les pratiques d’hygiène et de baignade demeurent encore hétérogènes.

Afin de répondre à ces préoccupations, le curé de la paroisse obtient la construction d’un mur de séparation destiné à dissimuler le bassin. Cet ouvrage représente une part significative du budget total.


Caractéristiques de l’équipement



Le bassin mesure 50 mètres de long pour 12 mètres de large. Sa profondeur varie de 0,50 m à 2,95 m. Un plongeoir est initialement installé, avant d’être retiré pour des raisons de sécurité.

L’ensemble comprend également 65 cabines, des vestiaires, des douches chaudes et un bureau avec terrasse.

L’alimentation en eau est assurée par la Guesle. Son eau ferrugineuse et fortement chargée en tanins fait l’objet de discussions. Un médecin en valide néanmoins l’usage, lui prêtant même des vertus cutanées.

Le fonctionnement repose sur un renouvellement régulier : remplissage partiel quotidien et vidange complète hebdomadaire.

Des dispositifs de filtration sont ensuite installés à la demande d’un avis médical plus strict. Rapidement obstrués, ils sont mis hors service. Leur existence suffit néanmoins à répondre aux exigences réglementaires de l’époque.


Le contexte du Front populaire



Les élections de 1936 portent au pouvoir une coalition de gauche réunissant radicaux, SFIO et communistes. Cette période est marquée par des réformes sociales majeures : semaine de 40 heures, congés payés, prolongation de la scolarité obligatoire à 14 ans.


Un sous-secrétariat d’État aux Sports, aux Loisirs et à la Condition physique est créé et confié à Léo Lagrange, qui promeut une politique de démocratisation des pratiques sportives et de loisirs.


« Notre but simple et humain, est de permettre aux masses de la jeunesse française de trouver dans la pratique des sports, la joie et la santé et de construire une organisation des loisirs telle que les travailleurs puissent trouver une détente et une récompense à leur dur labeur. » (Leo Lagrange-1936)


Reconnaissance et développement sportif


Dans ce contexte, la piscine d’Épernon s’inscrit pleinement dans les objectifs nationaux.


En septembre 1937, une subvention de 75 000 francs est accordée à l’Amicale. L’équipement est cependant déjà opérationnel et largement fréquenté.


La piscine devient rapidement un lieu de pratique sportive reconnu. Elle accueille des nageurs venus de Paris et organise plusieurs compétitions :


  • Championnat de France militaire (1937)

  • Critérium national UFOLEP (1938)


Des épreuves de sélection pour les championnats de France civils sont prévues en 1938, mais la guerre interrompt ces projets.



Guerre et transformations


En juin 1940, lors de l’exode, la piscine est endommagée par des tirs.

Les autorités allemandes procèdent ensuite à sa remise en état pour l’exploiter durant l’Occupation, notamment pour des activités sportives destinées aux Jeunesses hitlériennes.



En 1941, l’Amicale propose à la commune le rachat de l’équipement. La transaction est conclue en mars 1942 pour un montant de 100 000 francs.


Le 23 octobre 1942, le préfet d’Eure-et-Loir autorise la cession et l’emprunt afférent, en la déclarant « d’utilité publique et d’urgence ».



De l’après-guerre à aujourd’hui


Après 1945, la piscine demeure un équipement actif. L’Amicale y maintient une section de natation jusqu’en 1984, date à laquelle la généralisation des bassins couverts rend difficile la pratique de haut niveau en extérieur.


Le site conserve néanmoins une fréquentation estivale régulière et demeure un lieu de sociabilité locale.


En 2013, la piscine est déclarée d’intérêt communautaire et intégrée au réseau intercommunal, d’abord au sein de la communauté de communes du Val Drouette, puis, à partir de 2017, de la communauté de communes des Portes Euréliennes d’Île-de-France.



En 2019, ouverte trois mois par an, elle enregistre environ 15 000 entrées. Les études estiment toutefois un potentiel nettement supérieur, pouvant atteindre 42 000 visiteurs, voire 55 000 en cas de couverture. Un programme de rénovation est alors engagé.


Perspectives contemporaines


Il est envisagé de réutiliser l’emplacement de l’ancienne caserne des pompiers, transférée à Hanches en 2022, afin d’y aménager deux bassins complémentaires, destinés à être couverts.

L’augmentation du coût de l’énergie conduit toutefois à réexaminer ces orientations.


L’histoire de la piscine demeure ainsi ouverte.


Conclusion



L’exemple de la piscine d’Épernon témoigne d’une période où l’initiative locale, portée par des bénévoles et des structures associatives, pouvait suffire à faire émerger un équipement public d’envergure.


Sans les lourdeurs administratives contemporaines, sans la complexité actuelle des montages financiers et réglementaires, un projet pouvait alors naître, se construire et s’imposer par la seule force d’un engagement collectif.


La piscine d’Épernon conserve la mémoire de cette époque révolue, où l’action locale précédait souvent l’institution.



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