La Dune du Pilat : le désert du Sud-Ouest



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Pour cette nouvelle aventure, nous arpentons cette fois un des plus gros monument naturel d'Europe : la dune du Pilat. Un mastodonte de sable venu de l'océan pour recouvrir notre terre et lui donner un aspect saharien spectaculaire.

Après avoir gravi ce versant dunaire et abrupt, malgré le vent qui nous fouettait le visage, nous vîmes s'élever mère nature qui nous montrait sa puissance sous toute ces formes. Nous nous retournâmes pour admirer un paysage digne des contes des milles et une nuit et des frères Grimm. La vaste étendue qui s'étalait devant nos yeux à perte de vue nous donnait l'impression de vivre un moment d'aventure, hors du temps, loin de tout. Du sable, des dunes, de la poussière et une légère brise.



A notre droite, l'immensité de l'océan venait s'échouer sur les plages dunaires avec délicatesse, et à notre gauche, l'impénétrable forêt des Landes à perte de vue qui se brisait sur le flanc sauvage de ce monstre légendaire.

L'eau et la terre, ces espaces infinis d'étendues incontrôlables, se faisaient front dans une noblesse qui nous échappait. Les cieux, tantôt couverts, tantôt regorgeant d'un soleil éclatant qui nous caressait le visage et nous réchauffait le sourire. Les nuages dansaient la vie et mariaient ce tableau d'une note tragiquement voilée, mais ensorcelante.



Jumper, notre petit chien qui nous suit partout quoi qu'il arrive, a tenu à grimper seul cette falaise poudreuse. Une dune pour nous, un désert démesuré à ses yeux, digne du Sahara.

Bienvenue dans le désert du Sud-Ouest, surnommé autrefois le petit Sahara des Landes.



Cette photo : Franck Doens, ici avec Dino. LP/Klervi Le Cozic (cf)


La dune du Pilat, située en bordure du massif forestier des Landes de Gascogne sur la côte d'Argent à l'entrée du bassin d'Arcachon, en France, est la plus haute dune d’Europe (hauteur en 2018 : 106,6 m).


Située à l'entrée sud du bassin d'Arcachon, elle s'étend sur 616 m d'ouest en est et sur 2,9 km du nord au sud et contient environ 550 millions de mètres cubes de sable, dans la localité de Pyla-sur-Mer qui dépend administrativement de la commune de La Teste-de-Buch, à proximité d'Arcachon, au cœur des Landes de Gascogne.



Les déplacements de la dune sont constants et étudiés par les scientifiques. Côté est, la dune gagne sur le massif forestier, ensevelissant les arbres à une vitesse d'un à cinq mètres par an. Côté ouest, l'évolution du trait de côte (limite des plus hautes mers) est variable. Le littoral nord de la dune est soumis à une forte érosion, notamment lors des tempêtes hivernales. À l'inverse, l'érosion est faible ou quasi nulle ces dernières années le long du littoral sud.



La dune du Pilat est dissymétrique, avec une pente inclinée différemment selon sa position par rapport au vent. Ainsi, la face de la dune la plus exposée au vent (face ouest, côté océan) est douce, de l'ordre de 5 à 20°, car les sables s'étalent lors de leur remontée vers le sommet. En revanche, la face côté forêt, à l'abri du vent (face est), est plus raide, entre 30 et 40°.





La formation de la dune est entièrement liée à celle du banc d'Arguin. Au fil des siècles, les courants marins ont charrié du sable (en provenance du large, de la côte, et du bassin lorsque la marée descend) pour former le banc d'Arguin (lequel est, à l'instar de la dune, en constante évolution). Ensuite, les vents violents d'ouest en provenance du large arrachent à sa surface, avec l'aide de micro gouttelettes d'eau, des grains de sable au banc d'Arguin au moment de la marée basse, quand celui-ci est totalement découvert, et qui en s'envolant viennent se poser sur la dune pour former cette gigantesque masse de sable fin.



Sur le versant ouest de la dune, on trouve quatre paléosols majeurs (anciens sols fossilisés) : à la base de la dune, un ancien podzol (3500 ans av. J.-C.), puis trois paléosols dunaires principaux (datés entre 3000 ans av. J.-C. et nos jours). On trouve aussi des paléosols mineurs, des niveaux lacustres et plusieurs milliers de niveaux à minéraux lourds.

Il y eut d'abord, après la dernière période glaciaire, une forêt de pins sylvestres, noisetiers, bouleaux, aulnes et saules, caractéristiques d’un climat froid et continental. Au boréal atlantique et sous-boréal, une dune de trois à quatre mètres de haut, retenait des marais et un étang ; tout au long de la transgression flandrienne, les sables s'accumulèrent et les marais disparurent sous les dunes paraboliques de vingt à quarante mètres de haut, pendant que la forêt usagère de la Teste se développait sous un climat plus humide.



Aux XVIIe et XVIIIe siècles, avec l’arrivée massive de sable sur le littoral, les dunes modernes ont enseveli, sous cinquante à soixante mètres de sable, les anciennes dunes paraboliques, pour devenir la grande « dune de la Grave ». Le sable continua d’arriver et de converger vers la dune de la Grave. À la fin du XIXe siècle, la dune de la Grave enfouie par 20 à 30 m de sable, atteint 115 m vers 1910 et prend le nom de dune du Pilat. La Grande dune du Pilat s’est édifiée entre 1826 et 1922 alors que le trait de côte reculait de plus de 500 m. La végétation qui recouvrait le versant au vent de la dune de la Grave a été détruite, permettant le vannage et le transport des sables vers le sommet de la dune.