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Marguerite d'Angoulême : la perle des Valois



En cette fin de XVe siècle, c'est un monde nouveau qui s'éveillait sur l'Europe. L'heure était aux grandes explorations qui aboutiront à la découverte de l'Amérique en 1492 ou encore aux grandes innovations comme l'imprimerie qui commençaient à se répandre sur le vieux continent.

Le royaume de France quant à lui était en plein essor économique et démographique après plus d'un siècle de guerres et d'épidémies.


Au cœur de cette période où bouillonnaient les prémices d'une renaissance à venir allait éclore la plus belle des perles : Marguerite d'Angoulême.


C'est au château d'Angoulême, dans la tour qui aujourd'hui porte son nom, que le 11 avril 1492 Louise de Savoie donna naissance au premier enfant du couple comtale.

Charles d'Orléans né en 1456 et d'ascendance capétienne (il est l'arrière-petit-fils de Charles V), épousa Louise de Savoie, alors âgée de 12 ans, le 16 février 1488.



À peine deux ans après sa naissance, la petite famille quitta la capitale actuelle de la Charente pour rejoindre le château de Cognac, fief des comtes d'Angoulême où en 1494, un second enfant vit le jour. Cette fois, ce fut un garçon, un nouveau né que la providence allait un jour en faire un grand roi de France : François d'Angoulême, futur François Ier.


Louise de Savoie, véritable bibliophile, passionné par les arts, les lettres ou encore la musique, offrit à ses deux enfants un environnement privilégié et une éducation digne des enfants royaux.

Marguerite eu la chance de suivre quasiment la même éducation que son petit frère. Robert Hurault leur enseignait la philosophie tandis que Blanche de Tournon était en charge d'inculquer les bonnes mœurs.

L'enfant avait déjà un goût prononcé pour les lettres et les langues : elle traduisait le latin ou encore le grec, parlait pas moins de 15 langues comme l'italien ou l'espagnol, la préparant ainsi à jouer un rôle diplomatique et politique.



Ayant en plus d'une tête bien faite, de beaux attraits physiques...et surtout une belle dot, la jeune fille était alors convoitée par les grands princes d'Europe. Le duc d'York (futur Henry VIII) et son grand frère le prince de Galles, tout comme Ferdinand d'Aragon duc de Calabre négociaient pour obtenir un contrat de mariage.

Mais le roi Louis XII, de santé fragile, n'avait toujours pas de descendance. S'il venait à mourir, le trône de France reviendrait à François d'Angoulême. Or, lui non plus n'avait pas de progéniture...et s'il venait, par le plus grand des malheurs à passer lui aussi de vie à trépas, la couronne de France viendrait alors à choir sur la tête des enfants de Marguerite d'Angoulême. Les affres de la guerre de Cent ans étant encore bien présente dans la mémoire collective, on se refusera de prendre un tel risque. C'est ainsi que fut choisi le brave duc d'Alençon.



Très vite ce mariage tourna au fiasco. Charles d'Alençon n'était qu'un homme de guerre, qui n'avait que peu d'esprit et était souvent loin de ses terres pour guerroyer en Italie où dans le Hainaut. La jeune femme se retrouva alors seule, dans un sinistre château entre le Maine et la Normandie.

Ce fut auprès de la cour du roi de France, alors itinérante, que Marguerite se réfugia autant que possible afin de trouver un peu de réconfort.


La vie de la famille d'Angoulême allait basculer lorsque le roi de France Louis XII mourut sans héritier. L'héritier le plus proche du roi défunt se trouvait être son cousin, François d'Angoulême. Le jeune charentais devenait ainsi le nouveau roi de France sous le nom de François Ier.



Il ne monta pas complétement seul sur le trône de France, cette accession au pouvoir était aussi celle d'un inséparable trio, une nouvelle Trinité formée par François, Louise et Marguerite.

La malheureuse reine, Claude de France (fille de Louis XII) fut très vite éclipsée par le terrible duo mère-fille, dont les capacités intellectuelles et l'adaptation aux mondanités de la cour en firent les personnes les plus importantes du royaume après le roi.

Pour preuve, Marguerite reçu en cadeau de son frère le duché du Berry en 1517, puis fut la première femme de l'Histoire du royaume de France à être nommée paire de France.


Tandis qu'un événement dramatique venait frapper le roi, les deux femmes allait voir leur pouvoir s'accentuer.


1525 ! En pleine guerre d'Italie, François Ier tombait à Pavie et se retrouvait alors le prisonnier de l'homme fort de l'Europe du moment et éternel rival du roi français : Charles Quint.

Comme le prévoyait les ordonnances royales Louise de Savoie prenait dès lors la régence du royaume de France, tandis que Marguerite (deuxième dans l'ordre de régence) entreprenait un long voyage jusqu'en Espagne pour mener les négociations avec Charles Quint dans l'espoir d'obtenir la libération de son frère bien aimé.

Déprimé et souffrant d'un abcès nasal perforé, le monarque était alors donné mourant. Ce dernier devra sa survie, selon la légende, à cette sœur totalement dévouée qui allait entre deux séances de pourparlers, prendre soin de son frère.


Cette année 1525 continua à bouleverser la vie de Marguerite. Le 11 avril, le jour de son anniversaire, son mari le duc d'Alençon décédait. Mais ce terrible coup du sort fut aussi un étrange cadeau d'anniversaire offert par la vie à la perle d'Angoulême. N'ayant pas eu d'enfant avec Charles d'Alençon, elle pouvait espérer une seconde noce et en attendant de trouver une nouvelle alliance à créer par le biais d'un mariage, elle pouvait se consoler en captant tous les biens que possédait son époux (lésant par la même occasion sa belle-famille).


La belle Marguerite n'eut aucun mal à trouver un nouvel époux. L'heureux élu fut Henri d'Albret avec qui elle allait se marier le 24 janvier 1527, à Saint-Germain-en-Laye.

La duchesse d'Alençon et du Berry devenait par cette union la nouvelle reine de Navarre.

De 10 ans son aîné, le Henri de Navarre n'en était pas moins un grand séducteur, un homme cultivé et ouvert aux nouvelles idées évangélistes qu'embrassait Marguerite.

Dans son château de Nérac, une nouvelle vie commençait pour la souveraine navarraise, une vie qui sera dédiée à la littérature.


Revenons cependant quelques années en arrière, au début d'une période que l'on qualifia de "tous les possibles" En ces années 1520, des idées révolutionnaires venaient d'Allemagne ou de Meaux, portées par des hommes tel que Luther.



Ces nouveaux prédicateurs faisaient entendre leur voix contre l'Église catholique qui vendaient alors des indulgences, permettant ainsi à ceux qui le pouvaient d'acheter le salue de leur âme ou encore interdisait la traduction des textes sacrées afin de garder la main mise sur les fidèles ne lisant pas le latin.

Ces idées nouvelles mettaient en avant la pureté de l'âme et souhaitaient permettre à tous d'accéder à la lecture et la compréhension des évangiles grâce à la multiplication des traductions.

Cette femme au cœur pur et à l'âme littéraire, bercée depuis par sa plus tendre enfance par les arts et les connaissances, ne pouvait pas rester insensible à tout cela.


C'est donc tout naturellement que Marguerite prit sous son aile et accueilli dans son château de Nérac, les traducteurs, imprimeurs et poètes qui osaient, malgré les interdictions et les menaces d'hérésie lancées par l'Église catholique, défendre leurs idéaux.



Écrivant depuis son plus jeune âge, elle allait prendre sa plume pour elle aussi traduire les textes sacrées et à travers des textes, pouvant parfois sembler niais aux lecteurs d'aujourd'hui, parler entre deux romances des changements qui étaient en train de s'opérer dans le royaume de France.


Lire Marguerite de Valois aujourd'hui, c'est plonger dans un véritable récit des idées de l'époque, de la pensée des âmes et c'est sans doute pour cela qu'elle fascine encore et que son célébrissime Heptaméron est de nos jours enseignée aux lycéens de France et de Navarre.


Au terme d'une vie bien remplie, Marguerite d'Angoulême décédera dans la nuit du 21 décembre 1549.




 

Crédits photos portraits et château de Nérac : wikipédia creative commons

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