Ravaillac : un angoumoisin au cœur de l'Histoire 1/2


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En ce quatorzième jour du mois de mai 1610, il fait beau. Voulant voir les arcs de triomphe construit par la ville en vue de fêter l'entrée de la reine dans la capitale, le roi demande qu'on relève les mantelets de cuir du carrosse non vitré et ouvert à tous vents.

Après avoir emprunté le chemin de la Croix-du-Trahoir et suivi la rue Saint-Honoré, on arrive bientôt dans l'étroite rue de la Ferronnerie qui longe le cimetière Saint-Innocent. Deux lourdes charrettes, l'une chargée de vin, l'autre de fourrage, bouchent le passage. Le cocher met ses chevaux au pas. Les valets à pied qui accompagnent la voiture passent par le cimetière afin de retrouver l'équipage de l'autre côté de la rue.

Dans le carrosse on ne fait guère attention. Tous écoutent Épernon. Le roi, ayant oublié ses lunettes, a demandé au duc de lui lire une lettre écrite par le comte de Soissons. La voiture s'arrête devant une auberge où se balance l'enseigne : Au cœur couronné percé d'une flèche. Soudain, un homme roux bondit, met le pied sur l'essieu de la voiture, se penche vers Henri et frappe deux coups si violent que la lame pénètre jusqu'au manche. - Je suis blessé...ce n'est rien murmure le roi.

Mais un flot de sang jaillit de sa bouche. L'aorte a été tranchée.



Un grand rousseau natif d'Angoulême


Jean François Ravaillac voit le jour à Angoulême, au mois de septembre de l'année 1578, dans la maison familiale à l'ombre de la tour Lusignan, dans le quartier Saint-Paul. Il est le second enfant de la famille, Geoffroy, son frère étant né lui en l'an 1576.

Après les mésaventures du père Jean Ravaillac à la suite du complot raté contre le duc d'Épernon en 1588, endetté et sans emploi, la famille dut alors se résoudre à céder une partie de leur modeste demeure.

Ils louèrent pour 4 écus par an à un maître-cordonnier du nom d'Estienne Pastoureau, le rez-de-chaussée qui servait de cuisine et de salle à manger. La vie du jeune enfant, alors limité aux remparts de la ville d'Angoulême et aux prairies de la Touvre est bien sombre et au premier étage de la maison familiale, l'attend un père ivre et brutal.

Les paysages qui l'entourent ne sont guère plus réjouissant Angoulême et sa campagne ont été fortement meurtris par les guerres de religion et bons nombres de vestiges tels que les ruines de couvents et des chapelles subsistent, comme Saint-Gelais, Saint-Ausone ou Saint-Antonin. Les récits des exactions perpétrés par les huguenots ne manquent pas non plus et nul doute que de l'assassinat du théologal de la cathédrale, René Poivrit, le supplice du vicaire de l'église Saint-Ausone, Colin Guillebaud, lui fut conté.Grâce à sa mère, issue d'une famille très pieuse, il reçoit cependant un minimum d'éducation. Ces oncles, tous deux chanoines lui apprennent à lire et à écrire, sans oublier les cours de catéchisme. C'est sans doute durant cette période qu'il développa sa haine envers les réformés et sa folie meurtrière.


Premier voyage à Paris


Vers l'âge de 25 ans, après avoir été petit clerc et de valet de chambre auprès d'un magistrat de la ville d'Angoulême Maître du Port de Rosiers et exercé le poste de praticien chez un procureur angoumoisin, il quitta cette ville qui l'avait vu naître pour servir de correspond à son procureur dans la ville de Paris.

Quelques éléments de sa vie parisienne nous sont parvenus grâce à son procès. Nous savons entre autre qu'il logeait chez un savetier nommé Moisneau, rue de la Harpe puis dans une auberge, les Trois-Chapelets, rue Calandre. De cette période, quelques événements assez intriguant viennent troubler l'image du bon chrétien dont s'est défendu François Ravaillac lors de son procès. Ce dernier se serait adonné à quelques pratiques magiques, à de la sorcellerie, allant même jusqu'à enfoncer des aiguilles dans une poupée à l'effigie d'un roi : Henri IV.


L'appel de Dieu


Son petit boulot à Paris ne lui convient plus, il se sent inutile et ce fou de Dieu qui se montre de plus en plus exalté décide vers 1605 de rejoindre les ordres. Ce sera la communauté religieuse des Feuillants, la plus rigoureuse de toute. Les moines y dorment sur des planches, portent à même la chair la cilice (tunique de crin ou de poils de chèvres porté pour faire pénitence), se nourrissant que d'herbes bouillies et de pain d'orge. Jean François n'y resta que quelques semaines, se rendant compte qu'il s'agissait d'un illuminé après qu'il eu montré à son père spirituel un texte plein de divagations indigeste.

Suite à ce revers, l'angoumoisin se décida à retourner dans sa ville natale, auprès de sa famille. Seulement, les problèmes financiers de son père l'avait contraint à quitter la demeure famille du quartier Saint-Paul pour rejoindre le petit village de Magnac-sur-Touvre où le couple s'était séparés peu de temps après. Plus exactement, Jean Ravaillac chassa son épouse afin de s'installer avec une catin. Françoise retourna alors vivre à Angoulême.

En mai 1606, il arriva donc à Angoulême où il s'installa auprès de sa chère mère. En bon fils et homme lettré, Ravaillac vient alors en aide à sa mère qu'il représenta dans divers procès et obtenu un poste d'enseignant, apprenant ainsi à lire, à écrire, à prier et quelques bases du catéchisme aux écoliers. Mais ceci ne fut pas suffisant pour subvenir à ses besoins, ne percevant pas de salaire fixe, mais quelques dons en nature tel que du blé, du vin ou du lard, Jean François fini par contracter une dette s'élevant à 49 livres, 10 sols et 3 deniers. Dette qui le conduisit dans un cachot d'Angoulême en 1609.

Cet enfermement le pousse alors un peu plus dans la folie, il déclarera même lors de son procès en 1610 qu'il y eut des visions célestes lors de ses prières. Ces hallucinations lui donnèrent la conviction de communiquer directement avec Dieu et d'avoir été choisi pour "purger la nouvelle Babylone de ce profanateur de la religion, Henri quatrième du nom, cet Antéchrist. »


La situation du Royaume des France


Si Henri IV à réussi à ramener une paix toute relative en France et donné un héritier à son trône, les complots autour de lui ne cessent pas.

Bon nombre de princes tel que Biron ou Henri de la Tour d'Auvergne tentent d’obtenir l’indépendance de leurs provinces ou de de liguer contre ce roi trop catholique pour les protestants et pas assez pour les catholiques. Mais Navarre arrive tant bien que mal à soumettre ces dissidences.

La mort de duc de Clèves en 1609 est à l'origine en revanche d’une crise beaucoup plus grave. Catholiques et protestants se disputent sa succession. Henri IV hésite, pourtant il souhaite intervenir, mais pour soutenir quel camp ? Finalement, ce sont les amours de ce roi fort volage qui vont le pousser à faire son choix.

Lorsque l'époux de sa maîtresse, la belle Charlotte de Condé, s’en va se réfugier à Bruxelles auprès de l’archiduc Rodolphe II de Habsbourg, grand artisans de la Contre-Réforme, Henri IV se prépare alors à mener la guerre aux côtés des candidats protestants.

L’opinion publique jusque là favorable à ce roi bâtisseur qui a su rétablir la prospérité du royaume bascule, les sujets de sa Majesté étant fortement opposés à une coalition avec les protestants.

La régence doit être confiée à la reine, Marie de Médicis, pour laisser Henri IV partir à la guerre. Nous sommes le 13 mai 1610, la veille de l'attentat.


A suivre...


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