🎯 La princesse de Chalais & Talleyrand-Périgord




L'enfance charentaise périgourdine du diable boiteux.

Le Château de Chalais, en Charente, fut la demeure de la famille des Talleyrand-Périgord, princes de Chalais du début du 14ème siècle jusqu’en 1883 . Si l’image de ce château demeure encore vivante de nos jours, on le doit à Charles-Maurice de Talleyrand Périgord qui y passa trois années de sa vie, de 1758 à 1760, auprès de son arrière-grand-mère, la princesse de Chalais, cette petite fille de Colbert qu’il admirait profondément. En quelques pages émues, au début de ses Mémoires, il relate cette période heureuse de son enfance en évoquant les charmes de son séjour à Chalais.

(CF : talleyrand.org)


"C'était un personnage étrange, redouté et considérable, il s'appelait Charles-Maurice de Périgord, il était noble comme Machiavel, prêtre comme Gondi, défroqué comme Fouché, spirituel comme Voltaire et boiteux comme le diable."

Voici le portrait que dessinait en 1838 Victor Hugo dans "Choses vues" De Charles-Maurice de Talleyrand-Périgord, cet homme qui fut abbé de Périgord, évêque d'Autun, citoyen Ministre, grand chambellan de Napoléon et de Louis XVIII, duc de Bénévent, vice-grand électeur de l'Empire, prince de Talleyrand, duc de Dino et dont près de 200 ans après sa mort, sa légende noire persiste encore.



Surnommé le "diable boiteux", cet homme d’Etat, qui a traversé tant de régimes, était le prince des diplomates. "Amoral, cynique, ambitieux, corrompu, il était aussi génial, brillant et charmeur", a dit Stéphane Bern dès les premières minutes de l’émission, où les téléspectateurs de la région ont eu le bonheur de découvrir quelques images inédites du château de Chalais (Charente), le berceau historique des Talleyrand-Périgord.

(CF : journal Sud-Ouest)


HĂ©lie de Talleyrand-PĂ©rigord


"... Au XIIIe siècle, suite au mariage d'Agnès, fille unique d'Olivier de Chalais, avec Hélie de Talleyrand, le château passe entre les mains d'une famille importante de la région et doit y rester pendant plus de six siècles. Chalais et son château doivent beaucoup à ce mariage.

En effet, à partir de cette époque, les Talleyrand, comtes puis ducs de Périgord et seigneurs de nombreuses terres dans la région, considèrent Chalais comme le berceau de leur famille et accordent une attention toute particulière à cette vitrine de leur prestige en province. Cette famille a eu, au cours de son histoire, une vie de cour particulièrement intense, et nombre de ses membres se sont illustrés dans des charges prestigieuses. ..."

(CF : ville de Chalais)



Charles-Maurice de Talleyrand-PĂ©rigord

C'est bien loin de nos belles contrées périgourdines, au cœur de Paris, au 4 de la rue Garancière, non loin de l'Eglise Saint-Sulpice où il sera baptisé, que le 2 février 1754  Charles-Maurice de Talleyrand-Périgord voit le jour.

Second enfant de Charles-Daniel de Talleyrand-Périgord (1734-1788) et d'Alexandrine de Damas d'Antigny, il est très vite placé chez une nourrice. Cette enfance passée loin de l'affection parentale marquera fortement Talleyrand et contribuera comme il aimera le dire, à forger sa personnalité.

Étienne Dumont, secrétaire de Mirabeau, qu'il côtoya journalièrement lors de son séjour à Londres en 1792 déclara dans ses mémoires avoir "ouïe dire plusieurs fois que, méprisé de ses parents comme un être disgracié, qui n'était bon à rien, il avait pris dans son enfance une humeur taciturne et sombre".

C'était pourtant chose commune à une époque où la famille et son placement dans la société était plus importante que les individus. De même, ce n'était pas la mode comme le confie Charles-Maurice dans ses mémoires : "Des soins trop multipliés auraient paru de la pédanterie, une tendresse trop exprimée aurait paru quelque chose de nouveau et par conséquent de ridicule". Les soins et la tendresse dont manque cruellement cet enfant, c'est à Chalais qu'il va le trouver.

Parler d'une enfance chalaisienne est, je l'avoue, un peu mensonger. Il ne passa en tout et pour tout que 3 ans dans le château de la petite cité charentaise. Et pourtant ces 3 années seront pour lui aussi formatrices que réconfortantes.


"A 4 ans, (...) la femme chez laquelle on m'avait mis en pension me laissa tomber de dessus une commode. Je me démis un pied ; elle fut plusieurs mois sans le dire ; on s'en aperçut lorsqu'on vint me prendre pour m'envoyer en Périgord chez Mme de Chalais, ma grand-mère." (au château de Chalais, en Charente) En 1757, son frère aîné vient de décéder et ses parents pensent que le bon air de la campagne lui ferait le plus grand bien. C'est donc après un court passage à Bordeaux, sous la garde de Mademoiselle Charlemagne et quatorze jours de voyage que le petit Talleyrand arrive enfin à Chalais et est confié à Marie-Françoise de Rochechouart de Mortemart.

"Madame de Chalais était une personne fort distinguée; son esprit, son langage, la noblesse de ses manières, le son de sa voix, avaient un grand charme."

La princesse de Chalais, née en 1686, n'est autre que son arrière-grand-mère, petite-fille de Colbert et descendante d'Etienne Marcel. Marie-Françoise est issue d'une des plus anciennes familles de la noblesse française. Si bien que, lorsqu'elle épouse le 12 janvier 1708 Michel II de Chamillart qui lui vient de la petite bourgeoisie parisienne, cela choque et est même considéré comme une mésaillance.

Mais ce dernier décédera en 1716 et la jeune veuve prendra alors en seconde noce, le 12 octobre 1722, Louis Jean Charles Ier de Talleyrand, Prince de Chalais. Mais c'est bien loin de Chalais que celle-ci va vivre, mais à Versailles où elle endossera le rôle de Dame du palais de Marie Leszcynska, épouse de Louis XV, du 5 mai 1725 au 27 novembre 1740, date à laquelle elle cédera sa place à sa fille.

Après des années passé auprès du roi et son épouse, de nombreux soupers et voyages en compagnie des maîtresses du roi, le couple décide en mai 1750 de rendre leur chambre au roi afin de partir s'installer définitivement à Chalais. C'est donc chez cette illustre bisaïeule, qu'il aimait appeler affectueusement sa grand-mère que Charles-Maurice arrive en 1758. On ne sait pas grand chose de son passage à Chalais, Celui-ci en parlant très peu dans ses mémoires.


Pourtant, c'est à Chalais que fût former l'enfant. "J'appuie à Chalais tout ce qu'on savait dans le pays quand on est bien élevé ; cela se bornait à lire, à écrire et à parler un peu le périgourdin". "Mais surtout c'est là qu'il reçu pour la première fois de l'affection. C'est la première personne personne de ma famille qui m'ait témoigné de l'affection, et c'est là première fois aussi qui m'ait fait goûter le bonheur d'aimer".

Ce que l'on sait également c'est qu'il se rendait chaque dimanche à la messe auprès de sa "grand-mère" où elle avait fait faire une petite chaise placé à la côté d'elle. Au retour de la messe, ils se rendaient une la salle du château l'apothicairie, d'où il regardait la princesse prodiguer des onguents aux gens, de pauvres infirmes venaient se faire soigner. Ces onguent que ces petits pots renfermaient, ces sirops et autres élixirs étaient réalisés par le chirurgien et le curé de Chalais.

Cette dernière, coupait et posait elle-même les compresses sur les malades, s'occupait des maux et des souffrances des villageois. Tout cela faisait en sorte que les chalaisiens tenaient en haute estime la famille de Talleyrand-Périgord et la Princesse de Chalais. C'est tout logiquement, qu'en 1760, lorsque Charles-Maurice de Talleyrand-Périgord quitta la Charente pour rejoindre Paris et quitter sa grand-mère pour suivre les cours du collège d'Harcourt, ce fut "avec des larmes que sa tendresse me rendit". Talleyrand eu le parcours qu'on lui connaît et la princesse vécue dans la douceur du château Charentais en Périgord jusqu'à son décès, le 18 janvier 1771.



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