Charente         Périgord

une nouvelle vision du tourisme


Du passé du département de la Charente, qui couvre l'ancienne région historique du comté d'Angoulême, on retiendra qu'il fut tourné vers le trafic fluvial des gabares, ces bateaux à fond plat chargés de céréales ou eaux de vie ou bien encore de bois, de pierre ou de métaux destinés à être exportés vers l'Europe du Nord. Une fois de retour, afin de remonter la Charente, ces gabares étaient tirées par des bœufs ou des chevaux le long des chemins de halage. Cette activité ayant disparu avec l'arrivée du chemin de fer, le département, grâce au tourisme reste heureusement aujourd'hui encore tourné vers ce fleuve, aux berges fleuries, et aux nombreux méandres aux détours desquels on rencontre de jolis villages de pierre blanche. Les paysages de la Charente sont verdoyants et composés de plaines et de douces collines des premiers contreforts du Massif central. Au fil du fleuve, depuis Angoulême son chef-lieu en passant par Cognac et son eau-de-vie si célèbre, d'écluse en écluse, c'est une autre époque qui se rappelle à nous.



Établi autour de sa capitale Angoulême, dont il tire son nom, l'Angoumois constitue le noyau d'origine du nouveau département de la Charente. Cette ancienne province à la forme de losange s'étirait du Nord au Sud en partant du seuil du Poitou jusqu'au Périgord, et d'Ouest en Est de la Saintonge aux portes du Limousin. Au croisement de ces deux diagonales s'élève Angoulême, qui logiquement fut conservée comme chef-lieu du nouveau département. À la fin de l'Ancien Régime, la ville était déjà le siège de plusieurs administrations : un présidial, une sénéchaussée, une élection et une maîtrise des eaux et forêts y étaient implantés. Trop petite cependant pour prétendre devenir le chef-lieu d'une généralité, elle relevait de l'Intendant de Limoges.


Au moment de la création du nouveau département, les députés de l'Angoumois cherchèrent à intégrer des territoires relevant d'autres provinces. Vinrent ainsi se greffer sur sa partie septentrionale des portions du Poitou et un morceau de La Marche, correspondant à la région des Terres Froides, sur les contreforts du Massif Central. Plusieurs paroisses situées dans les vallons calcaires de la Grande Champagne et des forêts de la Double saintongeaise permirent de grossir ses flancs méridionaux. Le département fut en revanche amputé de l’enclave périgourdine dite de La Tour Blanche, rattachée à la Dordogne, tout comme quelques localités du sud de la Dronne.


Certains linguistes émettent l'hypothèse qu'étymologiquement la Charente tirerait son nom d'un ancien mot d'origine celte Carentonna. La racine car désignant « la roche » et le suffixe onne signifiant « les eaux », la Charente pourrait ainsi littéralement se traduire par « les eaux qui viennent de la roche ». Le fleuve traverse en effet d'abord les plateaux accidentés des bordures occidentales du Limousin occupés par un paysage de bocages, propice à l'élevage. En aval de Mansle, plusieurs petits affluents (la Tardoire, le Bandiat, la Bonnieure), arrosent également des causses recouverts de forêts comme celles d'Horte ou de la Braconne. Les pertes de ces cours d'eau forment des rivières souterraines qui réapparaissent à quelques kilomètres d'Angoulême pour créer un ensemble de résurgences et former la Touvre. Celle-ci se jette alors dans la Charente, la rendant ainsi grâce à son important débit navigable jusqu'à l'océan. Les méandres du fleuve serpentent ensuite dans des plaines alluvionnaires avant d'être, après Cognac, rattrapés par les eaux du Né et de l'Antenne.


Au cours de son premier séjour en France, Arthur Young, après avoir quitté Bordeaux le 28 août 1787 et avant de remonter vers la capitale, traverse l'Angoumois. Les quatre jours qu'il passe dans cette province l'amènent à livrer dans ses Voyages un aperçu des paysages qu'il rencontre en chemin et à dresser le portrait économique d'une province qu'il considère comme archaïque. L'agronome anglais se montre en effet très sévère à l'égard des grands propriétaires qui ne cherchent pas à mettre en valeur les terrains qu'ils possèdent, ce qui lui fait dire que « les seules marques […] de leur grandeur, sont des jachères, des landes, des déserts, des bruyères et de la fougère » et que très souvent leur château se trouve « au milieu d’une forêt bien peuplée de daims, de sangliers et de loups ». Hors de ces grandes étendues de friches, les cultures céréalières (blé et maïs notamment) n'obtiennent que des rendements très modestes, sur des sols trop calcaires. Seule la vigne semble réussir : c'est d'ailleurs au XVIIIe siècle que plusieurs grandes familles anglo-saxonnes investissent à Cognac ou Jarnac dans des sociétés de négoce pour produire et commercialiser de l'eau-de-vie, afin de répondre à la demande du marché britannique.

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