Lunéas & la révolte des partisans, tome 2 : Chapitre 3



Chapitre 3

PETER ET LA SORCIÈRE

Le jour se levait et les oiseaux chantaient. La cascade coulait toujours à son rythme, et l’eau continuait son voyage vers la mer lointaine. Lupus et sa troupe passèrent au peigne fin les eaux de la rivière d’où s’échappait toujours la cascade grondante. Ils reniflaient de leurs truffes les moindres recoins et parcelles autour des rivages.

– Nous ne les retrouverons pas, Lupus ! Ils ont disparu dans cette eau ! Ils ont dû se noyer ! fit remarquer une des hyènes.

– Retournons à Chair-Dere pour annoncer au Seigneur la disparition des deux enfants des dieux, ainsi que de l’une des nôtres !

Ils abandonnèrent leurs recherches et quittèrent les lieux.

*****

Après qu’ils aient fait une chute vertigineuse dans la cascade, Peter fut séparé de son cousin et du nain. Il se laissa flotter, et remonta sur la berge seul et mouillé dans le froid et la neige. Il croisa les bras en frissonnant, grelottant et claquant des dents. Il regardait autour de lui, mais ne voyait que des arbres et de la neige. Il venait de se lever pour avancer quand une vieille femme, dont le visage était marqué par le temps, s’approcha de lui.

– Tu as froid, mon petit ? Veux-tu que je te mette une couverture bien chaude sur les épaules, pendant que tes vêtements sécheront au coin de ma cheminée ? proposa la vieille femme.

– Oui, je veux bien ! J’ai si froid ! Et en plus, il fait encore nuit !

– Le jour ne tardera pas à se lever ! Suis-moi, si tu le veux bien : je vais te préparer un bouillon chocolaté bien chaud !

Ils se mirent en route vers la demeure de la vieille femme. Ils marchèrent pendant quelques minutes avant de se retrouver devant une magnifique maison de bois avec des branchages sur les murs. Des morceaux de glace étaient accrochés partout sur les parois, et des stalactites étaient suspendues aux branchages. Peter regarda cette demeure avec stupéfaction : il se serait cru dans un rêve. Mais, il était à Arcane, et ce royaume magique pouvait encore cacher bien des secrets…

La femme ouvrit la porte de glace et entra. Peter restait sans bouger pour admirer la maison. La dame âgée lui demanda de rentrer, pour éviter que la chaleur se perde dans la nature. Peter entra à son tour pour découvrir tout un mobilier fait de friandises en tout genre.

– Je ne vais pas pouvoir rester longtemps, car il faut que je retrouve mon cousin et monsieur Oldiel, annonça-t-il.

– Il fait encore nuit et dehors, et c’est très dangereux de s’y aventurer ! Tu pourrais faire des rencontres diaboliques !

Elle lui versa un bouillon de cacao chaud dans une chope et s’installa sur une chaise à côté de la sienne.

– Je peux faire de toi mon prince. Tu le veux ?

– Que voulez-vous dire par là ? demanda Peter, inquiet.

– Mon fils et mon mari sont morts il y a bien longtemps. Je suis la reine de ces bois. L’hiver est pour moi le moment propice pour ma collection !

– Votre collection ?

– Oui ! Mais avant, tu vas te déshabiller : je vais te donner des vêtements secs.

Peter attendait d’être seul pour se mettre nu.

– Tu as peur que je te voie dévêtu ? Tu ne serais pas le premier enfant des dieux que je verrais ainsi !

Peter ne répondit pas, et continua à attendre.

– Très bien ! Je vais attendre dehors ! fit la vieille femme.

Elle prit un flambeau et sortit. Après son départ, Peter se changea, passa ses nouveaux vêtements et rejoignit la dame dans la cour. Ils avancèrent un peu plus loin dans les bois et entrèrent dans un petit parc où se trouvaient des centaines de sculptures de glace représentant des animaux en tout genre.

– C’est magnifique ! Et c’est vous qui faites ça ?

– Oui ! Ceci est ma passion, quand vient l’hiver ! Je n’ai ni amis, ni famille pour régner avec moi sur ces bois ! Et toi ? Tu ne m’as toujours pas répondu !

– Je… je ne sais pas ! On m’attend quelque part dans la forêt ! répondit Peter.

– Alors, tu vas pouvoir accepter une pomme de ma part pour ton voyage !

– Pourquoi une pomme ?

– Parce que c’est tout ce que j’ai sur moi ! La veux-tu ?

– Pourquoi pas !

Elle sortit une belle pomme rouge de son sac de corde et la tendit à Peter.

– Tiens ! Goûte celle-ci, et si tu la trouves bonne je t’en donnerai une autre !

Peter prit la pomme et la croqua à pleines dents. Son goût était exquis, et la saveur incomparable du fruit éclipsait toutes les pommes de son monde. La rombière se mit soudain à rire et Peter ne comprit pas pourquoi. Des libellules de glace vinrent voler autour de lui, le refroidissant. La femme rit encore plus fort. Peter sentait en lui quelque chose d’étrange : sa tête se mit à tourner, et la vieille sortit une dague.

– Alors, es-tu prêt à rejoindre ma collection ?

Peter comprit tout. Elle le poignarda, et les libellules commençaient à le transformer en glace comme les pauvres animaux de cette sinistre galerie.

Il la regarda, apeuré, suffoquant et, rassemblant ses forces, il se mit à courir dans la forêt. Il était poursuivi par ces insectes aux ailes transparentes finement nervurées, aux yeux globuleux à facettes, qui volaient très rapidement. Il cavala le plus vite possible et trébucha sur une pierre pour tomber dans une descente enneigée. Il roula sur lui-même et vint finir sa course contre un arbre. Il regarda autour de lui tout en s'étouffant et vit une forme vêtue d’une cape se dresser face à lui.

– S’il vous plaît ! Trouvez mon cousin Jack dans la forêt ! dit Peter avant de sombrer, inconscient.

La forme le prit dans ses bras et s’enfonça dans les bois.

*****

Un peu plus tard, le nain remonta à la surface et grimpa sur la berge. Jack se trouvait à ses côtés. La hyène morte, noyée, gisait également sur la berge.

– Brrr, énonça Oldiel, que cette eau est froide ! Elle est même glaciale !

– Nous sommes trempés et nous n’avons rien pour nous changer ! Il faut qu’on trouve un abri où nous pourrons faire du feu et nous réchauffer ! proposa Jack.

– Mais avant nous devrions retrouver votre cousin Peter : je ne l’ai pas vu remonter à la surface comme nous ! dit le nain, inquiet.

Jack regarda autour de lui en essayant d’apercevoir son cousin, mais ne vit rien. Au même moment, une flèche vint se planter droit devant lui, comme si la terre était proprement visée. Pris par surprise, il regarda dans les arbres pour y chercher le propriétaire de la flèche. C’est à ce moment qu’un être vêtu d’une cape sauta directement d’un arbre dans l’eau de la rivière. Il avait un arc à la main, et un carquois rempli de flèches dans le dos.

– Êtes-vous Jack ? demanda l’archer.

– Oui. Mais vous, qui êtes-vous ?

L’archer enleva sa capuche, laissant ainsi apparaître un beau jeune homme au visage gracieux.

– Je me nomme Lucian.

– Mais vous êtes un enfant des dieux ! Je croyais que tous les hommes des dieux avaient disparu à cause du Seigneur, dit Jack.

– Vous ne savez pas encore tout ! Mais le plus important est que je suis envoyé par votre cousin Peter, qui est gravement malade. Il m’a dit de vous retrouver sur les bords de la rivière avant de sombrer dans le sommeil.

– Comment ça, il est malade ? s’énerva Jack.

– Suivez-moi ! Je vais tout vous expliquer en chemin, termina Lucian avec gentillesse.

*****

Jack, Oldiel et Lucian arrivèrent face à une caverne rocheuse dans une falaise.

– Donc cette vieille femme serait une sorcière ? répliqua Jack.

– Oui. Quand l’hiver arrive, elle terrorise les habitants de la forêt pour les transformer en glace et les ajouter à sa collection personnelle. Elle est vraiment mauvaise ! expliqua Lucian.

Ils entrèrent tous les trois dans la caverne bien aménagée où se trouvait Peter, toujours inconscient. Jack se jeta à genoux près de son cousin, apeuré :

– Peter ! Non ! Ne meurs pas ! Lucian ! Y a-t-il un moyen de le guérir ? demanda Jack avec empressement.

– Oui, mais c’est cette sorcière qui doit avoir le remède. Nous devons aller chez elle pour le récupérer, expliqua Lucian.

– Alors, nous allons rendre visite à cette sorcière. On lui prend de quoi guérir Peter, et on la tue ! s’énerva Jack.

– Nous devrions peut-être avertir les autres au camp : qu’ils continuent le voyage sans nous, proposa le nain.

– Oui ! Vous avez raison, Oldiel. Mais comment les prévenir ? demanda Jack.

– J’ai un moyen, répondit Lucian.

Il prit un petit parchemin et se mit à écrire avec une plume. Il n’y avait pas d’encrier. Au fur et à mesure que Lucian écrivait, l’encre se matérialisait comme par magie. Une fois qu’il eut terminé, il siffla, et une colombe blanche vint à sa rencontre. Il accrocha le message à une de ses pattes et lui dit de s’envoler vers un campement dans les environs. Elle partit dans le ciel sous les regards de nos trois compagnons.

– Alors ? On va la tuer, cette sorcière ? s’impatienta Jack.

– Tu veux peut-être te réchauffer, changer de vêtements et t’armer, proposa Lucian.

– Oui, tu as raison…

Une heure plus tard, après s’être réchauffé autour d’un feu, Jack était prêt à partir : il avait enfilé de nouveaux vêtements et s’était équipé d’une épée. Lucian reprit son carquois, ses flèches et son arc.

– Oldiel, restez avec Peter pour le surveiller ! ordonna Lucian.

– Je prendrai soin de lui pendant votre absence, rassura le nain.

Sur ces mots, Jack et Lucian prirent la route dans les bois.

*****

Non loin de là, la colombe continuait son vol majestueux et traversait rapidement la forêt. Quand elle aperçut un campement, elle fit une descente vertigineuse et alla se poser sur un arbre mort, à côté d’un faune qui faisait cuire de la viande pour le petit-déjeuner. Le faune, pris par surprise, regarda la colombe et vit qu’elle portait un message. Il le prit et quand il l’eut lu, il détala vers une tente en criant, « Monsieur Naulass, Monsieur Naulass ! ». L’elfe sortit précipitamment et alla voir le faune.

– Qu’y a-t-il faune ? demanda Naulass.

– Lisez ceci, monsieur !

Les yeux de Naulass brillèrent quand il se mit à lire le message. Il fit un petit sourire avant d’annoncer :

– Dites à tout le monde que nous reprenons la route sans perdre de temps : les deux enfants des dieux nous rejoindront au Bois brumeux.

Le faune souffla dans un cor pour prévenir tous les voyageurs du départ.

*****

Jack et Lucian étaient arrivés à la maison de la sorcière. Jack ne cachait pas son étonnement

– Je pensais que ce genre de maison existait juste dans les contes ! dit Jack.

– Les quoi ? demanda Lucian.

– Ce sont des histoires écrites par des personnes, dans mon monde. Elles sont vraiment pour les enfants. Mais j’étais loin de me douter que cela pouvait exister !

– Tout est possible, à Arcane !

Ils entrèrent dans la maison et commencèrent à fouiller dans les moindres recoins. Tous les meubles et les tiroirs étaient retournés dans tous les sens au moment où Lucian trouva une fiole contenant un liquide jaune.

– C’est un cordial d’ambroisie ! Ceci pourra guérir Peter.

– Qu'est-ce que c’est, l’ambroisie ? demanda Jack.

– C’est la nourriture des dieux. Elle peut guérir un malade, ramener un mort à la vie et rendre immortel.

– Donc, nous avons tout ce dont nous avons besoin. Il faut retrouver Peter avant qu’il soit trop tard ! ordonna Jack.

Au même moment, la sorcière entra dans la maison et tomba nez à nez avec les deux garçons.

– Vous allez mourir pour votre acte, mes enfants !

Jack sortit son épée et menaça la sorcière.

– Va-t’en et guéris Peter, Lucian, je m’occupe d’elle ! dit-il avec courage.

Lucian traversa une des fenêtres qui vola en éclats et se mit à courir dans les bois pour rejoindre la caverne. La sorcière propulsa Jack contre le mur d’un simple geste de la main et expira de l’air gelé. À l’extérieur, le vent se mit à souffler avec force et prit vie pour poursuivre Lucian et l’arrêter. La sorcière ferma les yeux pour commander son vent de glace, et leva les bras vers le ciel pour le guider. Lucian courait le plus vite possible pour échapper au vent qui transformait tout en glace sur son passage.

Lucian arriva près de la rivière et cavala dans l’eau. Au fur et à mesure qu’il avançait, l’eau gelait sous l’emprise de la sorcière, ainsi que les arbres et les roches.

Dans la maison, Jack se releva, ouvrit le four, attrapa brutalement la sorcière, qui fut prise par surprise, la jeta dans le feu et referma vivement la porte. La vieille poussait des hurlements de douleur. Cela dura quelques instants et puis, soudain, il n’y eut plus un bruit.

Le vent cessa de souffler, épargnant ainsi Lucian. Il esquissa un petit sourire et continua sa route.

Jack, lui, sortit de la maison de la sorcière et partit pour retrouver l’archer. Quand il arriva à la caverne, Lucian avait déjà fait boire à Peter le cordial d’ambroisie. Il s’installa à côté de son compagnon, près du feu.

– Je vais vous guider au Bois brumeux ! Vous devez vous y rendre le plus vite possible, et moi aussi par la même occasion ! expliqua Lucian.

– Que veux-tu dire par « moi aussi » ?

– Je suis destiné à être le nouveau roi d’Arcane. Quand le Seigneur fit tuer mon père, je n’étais encore qu’un bébé. Ma gouvernante m’a caché, et élevé dans les bois, à l’abri du Mal, pensant qu’un jour le royaume serait sauvé. Elle est morte il y a deux annuels de cela. Quand j’ai appris votre venue à tous les trois par une dryade, j’ai su que mon destin allait s’accomplir, et qu’il faudrait affronter enfin le Seigneur !

– Le Seigneur a donc fait tuer ton père pour renverser l’ordre royal ? C’est pour ça que ta gouvernante t’a enlevé autrefois : pour te protéger, pour que le royaume puisse avoir de nouveau un roi, pour que tu puisses accomplir ta destinée !

– Mais je ne suis pas le seul à accomplir ma destinée : il y a toi aussi, et tes deux cousins !

– Que veux-tu dire par là ? demanda Jack.

– Je ne me donne pas le droit de te l’expliquer : seul le Conseil pourra te donner les réponses à tes interrogations.

– Très bien ! Je peux te poser une question ?

– Oui, bien sûr ! dit Lucian.

– Comment arrives-tu à vivre seul dans les bois ?

– J’ai vécu toute ma vie comme un ermite, isolé de tout. C’est une habitude que tu prends pour survivre. Moi, c’est ma gouvernante qui m’a tout appris. Elle est morte, paix à son âme !

D’un geste distrait, il brassa avec un bâton les braises du foyer de fortune, dont les charbons rougeoyants se consumaient doucement. Le spectacle du feu était presque envoûtant, et donnait à la caverne une ambiance calme et apaisante, dans le crépitement régulier des tisons incandescents.

– Je t’admire beaucoup ! Tu es plus jeune que moi et plus courageux, fit humblement Jack.

– Non ! Tu es aussi courageux que moi. Tout à l’heure, quand tu as décidé d’affronter cette sorcière, c’était une preuve de courage. Et le courage, tu l’as en toi. Si tu crois en toi, tu accompliras plus que tu ne le penses. Et puis nous n’avons qu’un an d’écart. Et si on dormait un peu ? Nous allons prendre la route dès l’aube, il faut nous reposer, termina Lucian avec sagesse.

Lucian alla se coucher. Jack en fit autant, ainsi qu’Oldiel qui décida de se blottir contre lui pour avoir bien chaud dans la nuit. Ils s’endormirent tous au coin du feu, dans le clair de lune qui jetait sur la caverne une lumière mystique.


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