Lunéas & la prophétie des anciens, tome 1 : Chapitre 6

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Lunéas & la prophétie des anciens, tome 1 : Chapitre 6

Mis à jour : févr. 11

Chapitre 6

LE PASSAGE DE LA PORTE

Félix savait que ses jours étaient comptés. Il le sentait et pour lui, parler au plus vite à son petit-fils Erwan était d’une grande importance. Il fallait à tout prix qu’il lui remette la clef magique, le médaillon en argent et qu’il lui montre où se trouvait la porte qu’il avait fait construire quelques années auparavant.

Félix se doutait qu’il ne remettrait plus jamais les pieds à Arcane et quand la clef avait brillé pour annoncer la disparition des Chevaliers, il avait fait venir ses petits-enfants, parce qu’eux seuls pouvaient encore sauver le royaume. Il savait qu’il ne pourrait pas accompagner son petit-fils dans le royaume, car le temps pressait pour leur transmettre un maximum d’informations.

*****

En ce 25 décembre, tous les amis et les personnes connus de Monsieur Félix étaient présents sur le domaine. L’infirmière, dans la chambre du défunt, était en train de ranger, avant de défaire le lit et changer les draps. La servante œuvrait dans les cuisines afin de finir les préparations du buffet pour les funérailles. Les mamans et les enfants se recueillaient dans le salon, devant le cercueil de leur proche.

Personne ne pleurait, à part Erwan qui laissait échapper quelques larmes. Il regardait son grand-père, allongé dans cette boîte en bois, et ne comprenait pas pourquoi il ne lui avait pas dit. Il sentait bien que quelque chose n’allait pas, mais subjugué par les histoires du royaume et son départ de l’autre côté, il avait fait comme si tout se passait bien. Mais c’était tout le contraire.

Son grand-père était mort dans la nuit de son arrivée, après lui avoir conté ses histoires plus fabuleuses les unes que les autres. Erwan semblait dépassé par les événements et se trouvait meurtri par sa disparition. Rien ni personne ne pourrait le remplacer.

En ce jour de Noël, des amis de la famille entraient dans la pièce pour se recueillir. Les sœurs Félixson les accueillaient en exprimant de douloureux sourires et les emmenaient dans une autre pièce, où se trouvaient tous les invités. Jack regardait encore son aîné quand une jeune femme vint à sa rencontre.

– Helena ! fit Jack en sursautant.

– Tu pensais que je ne viendrais pas ? C’est ta mère qui m’a appelée pour me prévenir de la mort de ton grand-père. Toutes mes condoléances, je suis vraiment désolée ! répondit-elle d’une voix douce.

Helena était très amoureuse de Jack. Ils étaient ensemble depuis deux ans déjà. Ils s’étaient connus sur le campus de la Sorbonne, pendant leurs études, et se s’étaient tout de suite plu. Quant à moi, je traînais souvent avec eux.

– D’ailleurs, j’ai une petite surprise pour toi, reprit Helena sous le regard étonné de Jack.

Je m’avançai vers mon meilleur ami et je posai ma main sur son épaule :

– Je comprends maintenant pourquoi vos mères voulaient faire le repas de Noël avant-hier soir. Votre grand-père était vraiment malade et elles voulaient que vous le voyiez avant sa disparition. Je trouve difficile d’endurer ce deuil pendant les fêtes de fin d’année.

Jack, qui n’avait pas bougé, se retourna et me prit dans ses bras.

– On ne savait rien avant d’arriver ici. Nous l’avons appris avant-hier soir, quand nous sommes allés le voir. Je suis content de te voir Matt ! me dit-il.

– Tante Astride est avec les invités. Si tu souhaites la voir, elle sera heureuse de te voir, même si…

– Merci, Matt, répondit Jack. Tu sais, le décès de notre grand-père me rappelle celui de ton oncle il y a quelques mois. J’étais à tes côtés ce jour-là, et aujourd’hui, tu es là pour moi. J’appelle ça de l’amitié.

– Merci Jack, répondis-je, gêné. Et puis ton grand-père et ma grand-mère sont quand même les parents de notre oncle. Erwan Lunéas, celui qui porte le même prénom que ton cousin.

– Oui, c’est d’ailleurs étrange de se dire qu’on fait presque partie de la même famille. Tu es comme un frère pour moi, conclut Jack.

– Je suis de tout cœur avec toi mon ange ! termina Helena avant qu’ils ne quittent la pièce.

Peter regardait lui aussi son grand-père, mais n’arrivait pas à pleurer. Erwan voulut lui dire un dernier au revoir, en mettant une fleur à ses côtés avant la mise en bière. Puis les employés des pompes funèbres firent sortir la famille du salon pour fermer le cercueil, avant de le transporter dans le jardin, non loin de la tombe vide de Ciline, sa fille morte, tuée dans le royaume lors de leur départ pour ce monde.

Les invités commencèrent alors à se rassembler autour de la sépulture où reposerait Monsieur Félix. Peter et Erwan les rejoignirent à leur tour, puis les funérailles commencèrent.

Le temps était nuageux et orageux. Cela rendait l’événement encore plus sombre qu’il ne l’était déjà. Une petite brise froide soufflait et rafraîchissait les visages.

Quand le druide commença la cérémonie funèbre, Erwan ne comprit rien à ce qu’il racontait. Il devait lire des morceaux de livres anciens, comme c’était souvent le cas dans les enterrements. Cela rendait sa tristesse plus intense.

Les paroles du druide intensifiaient la douleur qu’il ressentait pour son grand-père. Erwan commença à pleurer et partit en courant ne pouvant supporter ce moment.

– Erwan ! cria Jack en essayant d’attraper son blouson.

Il voulut le rattraper, mais Helena l’en dissuada et lui fit comprendre qu’il avait besoin d’être seul pour se vider un peu la tête. Tout le monde regardait cette scène avec beaucoup de peine pour les enfants. De tristesse pour son cousin, Jack versa quelques larmes et ne fut pas indifférent à sa petite amie quand elle le prit dans ses bras pour le réconforter.

Erwan s'éclipsa dans le manoir pour pleurer. Il courut jusqu'à l'étage et entra dans la chambre de son grand-père pour se jeter sur son lit. Il caressa la clef de ses mains et regarda l’armoire de son papi, où se trouvait la boîte qu’il lui avait offerte.

*****

Je montai les escaliers et entrai doucement dans la chambre où le petit Erwan s’était enfermé. Il admirait une clef. Sans lui demander l’autorisation, je m’assis à ses côtés et j’attendis.

– Grand-père me manque. Il m’avait promis qu’il m’emmènerait dans son royaume magique avec lui ! sanglota Erwan en versant quelques larmes. Et toi, Matt, tu crois aux fées et aux monstres comme les loups-garous ?

– Si j’y crois ?!? Eh bien, je n’en sais rien à vrai dire. Tu penses que je devrai y croire ?

– Grand-père disait qu’il fallait toujours accepter nos rêves, parce que la magie existe bel et bien. Elle serait dans une boîte, ça viendrait d’un conte ancien tiré d’un livre qui s’appelle le Grimoire des contes. Grand-père me lisait souvent les histoires de ce livre.

– Alors si ton grand-père te le disait, dans ce cas il faut y croire, répondis-je en le serrant dans mes bras. Tu savais que j’ai un oncle qui s’appelle Erwan, comme toi ?

– Oui, je le savais, tu me fais tout le temps la même remarque ! rigola Erwan, m’entraînant aussi dans cette petite folie passagère. Et je te rappelle que c’est aussi mon oncle. Matt ?

– Oui ?

– Tu es comme un grand frère pour moi. Je t’aime autant que mes cousins. Mais je les considère eux aussi comme mes frères…

Sans répondre, je le serrai encore plus fort dans mes bras, avant de le quitter et de lui laisser un peu de temps seul.

*****

Erwan admirait de nouveau l’armoire, le regard vide, quand soudain son visage se figea. L’autre soir, il n’avait pas fait attention à ces détails, mais ils étaient là.

Il était émerveillé par la splendeur de l’objet. C’était une armoire de deux mètres de haut sur deux mètres cinquante de largeur, en bois vernis. Des sculptures apparaissaient sur toutes les surfaces en bois de chêne. Elles expliquaient comment traverser la porte se trouvant dans le jardin. Erwan restait là, à contempler ce meuble de toute beauté quand le médaillon en argent bougea dans la poche de son blouson.

Il le sortit et le posa au creux de sa main droite pour le regarder de plus près, intrigué. Le médaillon bougeait toujours et commença à briller. Il s’ouvrit, et une petite boule de lumière verte en sortit. Erwan la regarda avec émerveillement et vit que l’éclat verdoyant quittait la chambre pour descendre. Il suivit la lumière dehors, où la cérémonie se terminait.

La lumière tourna à droite dès la sortie du manoir, fit un court chemin et tourna encore à droite pour aller jusqu’à un grand mur de ronces et d’arbres. Elle s’engouffra dans les broussailles pour y créer un passage étroit, mais suffisamment grand pour traverser.

Erwan la suivit de nouveau en avançant dans la trouée, et vit que la petite luciole s’était arrêtée face à l’arcade. Il comprit alors ce que voulait dire son grand-père quand il lui avait donné ce médaillon. La lumière s’avança vers lui et retourna dans le médaillon qui se referma de lui-même.

Il sut donc à quoi servait le médaillon. Il se rappela les dernières paroles de son grand-père : « Ne l’ouvre pas tout de suite. Ce médaillon te sera d’une grande aide pour trouver ton chemin quand tu seras perdu. » Erwan versa une larme en pensant au tragique destin de son grand-père, serra fortement le médaillon dans sa main droite et admira la magnifique arcade qui se dressait devant lui.

Elle était là, plantée au fond du jardin secret, sans rien autour. Il ne voyait au travers que le mur de ronces et d’arbres. Il remarqua que sur la colonne gauche de l’arcade se trouvait une serrure. Il retira la clef de son cou et la logea dans la cavité. Elle se mit à tourner dans le sens des aiguilles d’une montre. Erwan prit peur et se mit à courir vers la sortie du jardin quand une lumière blanche l’aveugla. Cette lumière était d’une telle pureté qu’il trébucha et se laissa tomber, sans peur, comme si la lumière lui disait de lui faire confiance.

Le flot lumineux l'envahit et le submergea pour disparaître quelques secondes après, esbignant le médaillon de ses mains, lors de la chute, sur le sol non loin de lui. Erwan se releva et se retourna pour voir ce qu’il s’était passé. Son visage exprima la peur. Il s'avança vers cette porte. Son visage terrifié changea pour laisser place à un sourire : un paysage ensoleillé s'offrait à lui. Il regarda le ciel pour vérifier ce qu’il voyait. Le temps nuageux de cette journée funeste était maître du temps présent. Il regarda de nouveau la porte et aperçut toujours le paysage ensoleillé. Il s’avança vers celle-ci et passa sa main droite au travers de l’arche. Rien ne se produisit.

Il se dit qu’il valait mieux aller rejoindre les invités avant de se faire prendre. Il venait de décider de tout raconter à sa maman quand quelque chose décampa devant lui à toute vitesse, de l’autre côté de la porte. Erwan prit peur, ne pouvant déterminer ce que c’était. Il décida donc une bonne fois pour toutes de retourner auprès des invités. Quand il se retourna pour partir, il fut surprit par le chien, qui se dressa devant lui en tortillant de la queue. Cognard se mit à aboyer en regardant la porte.

– Cognard, tais-toi ! Tu vas nous faire prendre !

Erwan pensa tout de suite à sa mère et à sa tante : si elles le voyaient ici, elles le puniraient. Cognard arrêta d’aboyer, se mit à courir et entra dans le passage. Erwan cria son nom pour le rappeler à lui, mais ça ne marcha pas. Il prit donc la décision d’aller le chercher avant que quelqu’un ne s’aperçoive de sa disparition. Il s’approcha de la porte et y entra, malgré tout avec hésitation. Il se retrouva au même moment dans un autre endroit.

Tout autour de lui se découvraient des plaines, des montagnes et des forêts. Le soleil brillait de mille feux. L’herbe sous ses pieds était d’une incroyable douceur. Il respira l’air pur qui n’avait aucune odeur de pollution. Une sensation de bien-être l’envahit tout entier. C’était la première fois de sa vie qu’il se sentit aussi bien. Il se retourna et vit le jardin de son grand-père de l'autre côté. Il voulut y repartir, mais se souvint du chien qui était ici. Il fit donc demi-tour et poursuivit son chemin vers des forêts inconnues. Il se mit à appeler le chien, mais sans succès.

« Cognard ! Cognard ! » criait-il de toute ses forces. En vain : le chien ne vint pas. Il décida d’entrer dans la forêt et y pénétra. Une jungle inconnue se dressa face à lui. Des oiseaux chantaient une magnifique mélodie. Erwan se laissa bercer par la musique et revint à lui pour retrouver le chien quand tout à coup il entendit des aboiements. C’était Cognard ! pensa-t-il.

Il courut tout en distinguant les cris du chien. Il arriva près d’une grande cascade, d’où s’écoulait le fleuve It’nar qui prenait sa source dans un lac au-delà des montagnes du Sud, connues sous le nom de montagnes des Ténèbres, et aperçut Cognard en train d’aboyer après quelque chose caché dans une grotte. Il cavala vers le chien et s’arrêta à ses côtés.

– Cognard ! Arrête de hurler comme ça ! dit Erwan.

– Il y a un petit être dans cette grotte, Erwan ! lui répondit Cognard comme si de rien n’était.

Erwan s’immobilisa. Un chien qui parle ! Il repensa à l’histoire de son papi. Il se rendit compte qu’il était vraiment dans le royaume dont lui avait parlé son grand-père. Erwan prit conscience de la réalité et se jeta au cou de Cognard pour lui faire un câlin.

– Ça suffit ! Nous devons aider ce petit être là-dedans. Je pense que c’est un gnome. M. Félix m’a raconté toutes les histoires du royaume d’Arcane. Il avait le don de comprendre les animaux. C’est pour ça que tout à l’heure je suis entré par la porte : j’avais senti que quelqu’un était en danger. Ce gnome se faisait attaquer par des kobolds.

– C’est quoi des kobolds ?

– Des créatures mi-homme, mi-chien. Ils étaient en train de l’encercler pour le tuer avec leurs lances, mais je suis arrivé et je leur ai fait peur, répondit calmement Cognard.

Erwan se baissa et entra dans la grotte. Il aperçut le gnome recroquevillé dans un coin, de peur.

– Coucou, monsieur le gnome ! Je m’appelle Erwan Markson, dit-il sur un ton doux.

Le gnome ne dit rien, puis le regarda. Il lui répondit d’une petite voix :

– Je suis Monsieur Langia.

– Vous n’avez pas peur de moi, j’espère ?

– Non. Les enfants des dieux ne me font pas peur. J’ai senti tout de suite que je pouvais avoir confiance en vous.

– Je ne suis pas un enfant des dieux ! Je suis un humain !

– Vous ressemblez étrangement aux dieux. Je voudrais rentrer chez moi. Cela ne vous dérangerait pas de me raccompagner jusqu’à ma chaumière ?

– Non, ce sera avec plaisir.

Ils sortirent tous les deux de la grotte et rejoignirent Cognard. Erwan fit les présentations et ils se mirent en route vers la maison du gnome. Quand ils arrivèrent à la chaumière de Langia, celui-ci les fit entrer dans sa demeure.

Elle était assez primitive, et était faite de branchages, de paille, de terre et de pierres. En y pénétrant, Erwan se sentit en sécurité. L’intérieur paraissait très sombre. Des chandelles éclairaient l’unique pièce de la petite maison. Langia jeta de la poudre noire dans la cheminée. Un feu s’alluma sur-le-champ dans un crépitement d’étincelles dorées.

– Vous désirez boire ou manger quelque chose ? proposa le gnome.

– Non merci, lui répondit Erwan.

– Moi je veux bien prendre tout ce que vous me proposerez, lui répondit Cognard.

Le gnome alla récupérer du poisson grillé et des pommes de terre bouillies. Il lui posa l’assiette sous le nez, et le chien mangea de bonne grâce.

– Pourquoi ces kobolds vous agressaient tout à l’heure ? dit Erwan avec curiosité.

– Car, je refuse de me soumettre aux lois du Seigneur ! C’est tout simple, lui répondit le gnome avec franchise.

– Le Seigneur ?

– Oui ! Il a pris plein pouvoir sur Arcane. Il a terrorisé nos peuples avec haine. Il a endormi tous nos dieux de ce millénaire pour s’approprier le royaume. Mais ce qu’il ignore, c'est qu'une résistance est en place pour l'anéantir. Le ministère des Ordres, à Lupercale dans l’autre monde, se voile la face. Nous savons tous que le projet du Seigneur est de servir une grande guerre à venir, selon la Prophétie. Cela fait bien longtemps que les ministres ne sont pas venus à Arcane…

– Mais pourquoi vous faisiez-vous attaquer par ces créatures tout à l’heure ?

– Je suis un gnome domestique et je connais très bien les hommes des dieux. Une prophétie a été rédigée par Romulus et Rémus, il y a bien longtemps de cela. Ils ont écrit que quand trois enfants des dieux viendront à Arcane, vaincront le seigneur Alias dans ses desseins et endosseront le rôle de Chevaliers du royaume. Ainsi, l’Élu, Mathieu Lunéas, découvrira ses pouvoirs et se confrontera au seigneur Serpent Victor Darius. La guerre sera alors déclenchée et les mondes connaîtront la troisième guerre mondiale. Seuls trois hommes des dieux peuvent ramener la paix au royaume en devenant Chevaliers !

– Comment ça, trois hommes des dieux ? Et comment connaissez-vous Mathieu Lunéas ?

– Trois… « humains », comme vous dites ! Ils doivent être du même sang. Ça peut être n’importe quel trio d’hommes des dieux, mais le Seigneur a fait massacrer tous leurs villages. Il est cruel et sans pitié. Les hommes des dieux ne sont plus qu’un souvenir maintenant. Arcane est foutu ! pleura le gnome. Le ministère ne veut rien savoir à ce sujet. Et quant au fait que je connaisse Mathieu Lunéas… Je ne le connais pas : il est notre espoir à tous, celui prédit par cette prophétie vieille de deux mille ans.

– Je crois que j’ai saisi ce que voulait dire mon grand-père, et je comprends pourquoi il nous a fait venir dans son manoir. Il voulait qu’on sauve Arcane et qu’on laisse le temps à Mathieu d’obtenir ses pouvoirs avant la grande guerre. Il faut que j’aille prévenir Jack et Peter !

– Je t’accompagne, Erwan ! bafouilla Cognard en mâchant son poisson.

– Qui sont Jack et Peter ?

– Mes…

Le gnome fit signe à Erwan de se taire.

– Quelqu’un approche ! dit Langia apeuré.

– Moi aussi je renifle quelque chose et ça ne sent rien de bon ! rajouta Cognard.

– Il faut décaniller au plus vite et rejoindre votre monde, s’écria Langia.

Ils tentaient de déguerpir quand une meute de hyènes, dirigée par un loup, les encercla en leur grognant dessus. Ils étaient si enragés qu’ils semblaient prêts à leur sauter à la gorge. Langia regarda le loup dans les yeux :

– Mon cher Lupus ! Tu as beau être le chef de ta bande de hyènes, le maître de vos rangs est encore Cerbère, lui envoya le gnome.

– Peut-être, mais quand il n’est pas là, c’est moi qui commande ! lui répondit le loup.

– Tu crois me faire peur, Lupus ? Eh bien, tu te trompes !

Le loup se jeta en grognant sur le gnome, le poussant à terre, et lui montra les crocs.

– Nous voulons juste savoir si des hommes des dieux sont encore en vie. Notre Seigneur n’apprécie guère leur compagnie, surtout quand une prophétie les concerne !

– Vous les avez tous statufiés ! Et comment avez-vous pu cacher aux yeux du ministère votre conquête du royaume ?

– Par la ruse. Je te rappelle que les Serpents ont toujours un ministre qui siège à leurs côtés et qui est doté d’un bon pouvoir de persuasion quand il s’agit de camoufler certains événements, répondit Lupus. Les Serpents savent hypnotiser. Les kobolds nous ont dit qu’un canin du camp adverse les avait fait fuir. Serait-ce celui-ci, Langia ?

Un énorme chien à trois têtes prit place au sein de la petite réunion. Ses yeux étaient rouges et son poil d’un noir effrayant. Il avait la taille d’un homme normal et seule la tête du milieu se mit à parler d’un son rauque et morbide :

– Dégage Lupus ! cria Cerbère.

Le loup s’écarta pour rejoindre les hyènes.

– Bande d’incapables idiots que vous faites ! Vous ne voyiez donc pas que le petit être aux côtés du gnome est un enfant des dieux !

– Excusez-nous, Cerbère, mais nous l’avons pris pour un nain des bois, expliqua Lupus en s’inclinant.

– Nous allons les emmener tous les trois au château du Seigneur. Ce sera à lui de décider de leur sort, termina Cerbère.

Erwan se tourna vers Cognard et lui fit comprendre que se battre serait une grosse erreur, et qu’ils étaient certains de perdre. Le chien déchiffra l’expression de son compagnon, qui lui fit signe de partir et d’aller prévenir les autres du danger dans lequel il était. Erwan lui murmura à voix basse : « Cours, Cognard ! »

Le chien lui lança un regard puis sauta par-dessus les hyènes et s’engouffra dans la forêt. Les congénères de Lupus n’eurent pas le temps de l’attraper en plein saut, tellement il fut rapide. Cerbère les dévisagea de ses trois têtes :

– Rattrapez-le, bande d’idiots ! hurla-t-il.

Les hyènes se mirent à courir après Cognard. Cerbère se tourna vers Erwan et Langia au moment où de petites créatures mi-homme, mi-chien arrivaient sur les lieux pour aider le chien des Enfers à escorter ses prisonniers jusqu’au château du Seigneur. Ces petites créatures noir corbeau, qui faisaient à peu près un mètre soixante, et qui tenaient des lances, étaient des kobolds.

– Vous allez faire la connaissance du Seigneur, messieurs ! Il sera ravi de pouvoir étrangler de ses mains un enfant des dieux !

Les kobolds les poussèrent avec leurs lances pour les mettre en tête de marche. Ils partirent vers les Montagnes du Sud pour rejoindre le palais de leur Seigneur.

*****

Cognard galopa le plus vite possible pour retrouver le passage qui menait au jardin du manoir. Les hyènes le poursuivirent sans lâcher prise. Ils n’étaient plus qu’à une dizaine de mètres quand elles lui sautèrent dessus, au moment où il allait traverser le passage de la porte. Une des hyènes attrapa Cognard par la peau du dos en le serrant très fort. Celui-ci cria de douleur.

– Tu pensais pouvoir t’enfuir comme ça, le chien ? lui répondit Lupus. On retourne au château avec notre prisonnier !

Cognard jeta un dernier regard sur le passage avec peine, puis ils prirent la route vers la demeure du puissant Seigneur.

*****

Après une traversée fatigante à travers les forêts et les montagnes du Sud, ils arrivèrent face à un immense palais. Ils s’arrêtèrent quelques instants. Ce fut suffisant pour qu’Erwan contemple le château et comprenne dans quoi il s’était plongé. L'édifice possédait d’innombrables tours et fenêtres lugubres. Un nuage colossal de feu flottait au-dessus. Toute la forteresse était entourée d’un énorme fossé qu’emplissait un fleuve de magma bouillonnant. Des créatures immondes survolaient le palais. On pouvait y voir des ptéranodons et des chauves-souris géantes qui devaient être des vampires.

Les kobolds poussèrent Erwan et Langia pour les faire avancer de nouveau. Parvenus devant les douves de Chair-Dere, ils traversèrent un pont qui surmontait le fossé de lave et passèrent les immenses portes en métal qui ouvraient sur le château. Ces portes étaient gardées par des orcs avec de grandes lances dont les pointes étaient sculptées en torsade. Ces orcs étaient des monstres laids, sales et malodorants. Leur peau vert sombre était pleine de tâches et couverte de poils. Leur taille, d’environ un mètre et demi, était leur caractéristique principale ainsi qu’une certaine difformité, avec plus de cinq doigts par main. Ils étaient trapus avec des jambes tordues et déformées, des bras longs et des mains se terminant par des doigts griffus. Leur bouche possédait des canines jaunâtres et une langue rouge et épaisse.

Ils traversèrent la gigantesque cour du palais, où étaient réunis toutes sortes de monstres, qui se mirent à hurler en voyant Erwan, qui pour eux était un enfant des dieux. Erwan fut impressionné en découvrant tous ces différents fielleux. On pouvait y repérer des golems, qui étaient forme humaine modelée dans l’argile, des kobolds, des orcs et des lacertes, sorte de créature mi-homme, mi-lézard. Le cœur d’Erwan se mit à battre de peur en examinant toutes ces créatures qui le contemplaient avec rage. Des milliers de flambeaux étaient accrochés sur les murs, ajoutant à l’ambiance morbide.

Cerbère et les kobolds firent entrer le jeune garçon et le gnome dans le donjon du Seigneur. Une immense salle s’ouvrait devant eux. Elle était remplie de médisants en tout genre qui ripaillaient de bonne pitance dans un brouhaha insupportable. On pouvait encore remarquer la diversité de ces créatures diaboliques vivant en communauté. Erwan était effrayé rien qu’à l’idée de traverser cette grande salle-à-manger pour monstres.

Les kobolds les poussèrent de nouveau pour les faire avancer. Toutes les créatures se mirent à les observer. Ils s’approchèrent d’un trône où siégeait un bel homme. Erwan pensa qu’il avait un corps et une stature d’une incroyable beauté. Il était vêtu tout de blanc. Sa chemise et le pantalon renvoyaient comme dans l’ancien temps. Une ceinture marron lui tenait son bas. Sa peau était ivoirine et les trais de son visage d’une finesse telle qu’en le voyant, on pouvait le prendre pour un gentil. Mais Erwan comprit que ce n’était pas le cas quand Cerbère lui parla :

– Mon Seigneur ! Voici Langia et un enfant des dieux, en prime, dit-il en s’inclinant.

Aux côtés du Seigneur se tenaient deux femmes à la peau laiteuse, vêtues de longues robes lactescentes déchirées sur toute la longueur. Nous pouvions deviner que ces femelles diaboliques incarnaient des succubes. Le Seigneur se leva :

– SILENCE ! hurla-t-il.

Tous les monstres se turent. Erwan et Langia observèrent autour d’eux. Un silence pesant tomba sur la salle. Erwan pensa qu’il préférait encore les entendre brailler. Le Seigneur le fixa droit dans les yeux, montrant ainsi un signe d’hostilité.

– Voilà la visite-surprise d’un enfant des dieux ! Comment as-tu réussi à échapper aux massacres que mes armées d’orcs et de lacertes ont causés à vos villages ?

– Je ne suis pas un de vos « enfants des dieux ». Je suis un humain ! lui répondit Erwan avec fermeté tout en défiant son autorité.

– LA FERME ! Tu n’es qu’un petit ver que je pourrais écraser tout de suite !

Erwan se tut. Le Seigneur sortit un poignard, s’avança vers le jeune garçon et lui mit le couteau sous la gorge.

– Dis-moi ! Y a-t-il d’autres enfants des dieux comme toi ?

– Non, mais j’ai des cousins, dit-il en tremblant.

– Sont-ils du même sang que toi ?

– Je ne peux pas vraiment vous répondre…

– JE TE DEMANDE JUSTE SI VOUS ÊTES DU MÊME SANG ! Es-tu idiot, ou bien faut-il que je te le répète encore une fois ? Il vaut mieux pour toi que tu me donnes une réponse, car je perds très vite patience, s’énerva le Seigneur.

– On est de la même famille, mais on n’a pas les mêmes mères et pères tous les trois !

– Voilà qui est juste. Tu vois, ce n’était pas si compliqué que ça ! Dis-moi maintenant où je peux les trouver.

– Si je vous le dis, vous me promettez de ne pas leur faire de mal ?

Le Seigneur rangea son couteau et s’agenouilla face à Erwan en lui posant les mains sur les épaules, puis il lui assura qu’il ne leur ferait aucun mal. Erwan hésita un long moment et finit par lui répondre quand il s’aperçut que le Seigneur perdit patience.

– Dans le manoir à côté des cascades, articula Erwan.

Le Seigneur le poussa à terre et se tourna vers un de ses lacertes.

– Qu’est-ce que le manoir à côté des cascades, Balar ?

– D’après une très vieille légende monseigneur, il existerait un passage dans les collines de Beinur, répondit Balar, le lacerte-en-chef. Autrefois, des Arvernes ouvrirent un passage vers l’autre monde pour fuir nos attaques contre eux, au temps des derniers Chevaliers que vous avez statufiés. Ils avaient endormi nos dieux après votre couronnement en tant que Seigneur.

– Oui, ceux qui m’ont créé pour leur succéder dans leur entreprise, se souvint le Seigneur. Je me rappelle maintenant que ce sont eux qui ont endormi Hadès, Arès et Era pour rendre Arcane aux ordres de ce royaume, expliqua le Seigneur. Mais je croyais que le passage ne pouvait s’ouvrir qu’une fois, afin que nous ne les suivions pas !

– Oui, mon Seigneur, mais quand les Arvernes sont partis dans l’autre monde, ils ont emporté avec eux une clef ! Et cette clef détient la magie du passage !

– COMMENT SE FAIT-IL QUE L’ON NE M’AIT RIEN DIT ? hurla-t-il.

– Nous pensions que vous le saviez !

Tous les monstres se mirent alors à rugir, à crier, à grogner, à hurler, et s’écartèrent pour laisser passer Lupus, et sa bande en compagnie de Cognard, les oreilles et la gueule baissées.

– QUE SE PASSE-T-IL ? cria leur grand-maître.

– Nous vous rapportons un canin du camp adverse, expliqua Lupus. Il allait entrer dans un passage sur les collines de Beinur.

– Tu disais donc vrai, Balar. Toi et les kobolds, vous irez à la rencontre de ses cousins, et vous les tuerez à leur entrée dans Arcane. Quant à toi Lupus, tu te cacheras derrière les collines de Beinur et vous leur tendrez une embuscade si les kobolds ne réussissent pas à les éliminer, commanda le Seigneur.

Les kobolds, les hyènes et le loup partirent sur-le-champ sans poser de questions supplémentaires. Erwan se tourna vers Alias.

– Vous aviez dit que vous ne leur feriez pas de mal !

– Il ne faut jamais croire un Seigneur, surtout quand il est au service d’un très grand Serpent. Que cela te serve de leçon ! ORC ! hurla-t-il soudainement.

Un orc gros et laid portant un gourdin, se positionna face au Seigneur en grognant.

– Emmène aux cachots ces trois traîtres !

L’orc les poussa tous trois avec son gourdin en maugréant « Avancez, vermines ! ». Ils s’exécutèrent alors, suivis de la bête.

Le Seigneur se rassit sur son trône et annonça aux monstres que la fête pouvait continuer.


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David, Loïc & Jumper, blogueurs influenceurs au niveau local, de 35, 32 & 11 ans.

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