Lunéas & la prophétie des anciens, tome 1 : Chapitre 2

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Lunéas & la prophétie des anciens, tome 1 : Chapitre 2

Mis à jour : févr. 11

Chapitre 2

NAISSANCE

Angoulême, France.

16 avril 1985, 9 h 15

« L’AGVE Lupercale-Angoulême va bientôt s’ouvrir en gare. Merci de préparer vos bagages et de vous positionner face aux portes d’embarquement. Veuillez laisser descendre les passagers avant de prendre place à bord. Merci de vous munir de votre titre de transport et de le faire valider par un lutin de gare. Photo et nom obligatoires. »

Monsieur Téolorne était un homme de taille moyenne, vêtu modestement, figure des années vingt avec le costume assez près du corps. En revanche, la veste était plus longue puisqu’elle descendait au-dessous du fessier. Le pantalon, lui, était aussi plus long et plus large ; il venait choir sur la chaussure avec un diamètre entre vingt et vingt-deux centimètres.

Il descendit de sa voiture, une Alfa Romeo 1900 noire de 1950. Il posa son chapeau borsalino ébène satin sur sa tête, alluma sa pipe qu’il avait soigneusement préparée et remplie auparavant de tabac sec, et attrapa sa canne de marche sculptée dans un argent brillant mélangé à du bois de pruneau résineux foncé, dont le pommeau représentait une pleine lune taillée dans le métal. Elle était aussi agrémentée d’une bague en laiton doré où étaient gravées des runes d’un langage inconnu.

Il s’avança doucement en titubant, à cause de sa marche saccadée due à une jambe trop courte et supportée par sa canne de marche, puis se dirigea vers l’entrée de la gare.

La voix reprit son annonce.

« L’AGVE Lupercale-Angoulême va bientôt s’ouvrir en gare. Merci de préparer vos bagages et de vous positionner face aux portes d’embarquement. Veuillez laisser descendre les passagers avant de prendre place à bord. Merci de vous munir de votre titre de transport et de le faire valider par un lutin de gare. Photo et nom obligatoires. »

Monsieur Téolorne tira une bouffée sur sa pipe tout en observant ce qu’il se passait autour de lui. L’éclat rougeoyant de la braise incandescente éclaira son visage.

Des hommes, des femmes et des enfants s’activaient pour ne pas louper leur ascenseur de voyage. Certains firent contrôler leur billet par l’un des petits brownies insolents de compostage, considérés comme une sorte de lutins ou de bons génies de foyer. Il ressemblait à un singe : marchant sur deux jambes, haut de quatre-vingt-dix centimètres, sans nez, son corps était entièrement recouvert d’une fourrure épaisse d’où n’émergeaient que de grands yeux bleus. Il était vêtu d’un somptueux petit costume brun.

Les bagages des touristes étaient transportés au vol par des caladres, oiseaux de la taille d’un cygne, dotés d’une tête d’aigle, d’un long cou et de la queue d’un serpent, parés d’un plumage d’un blanc immaculé. Leur cri mélodieux résonnait dans la gare, afin d’annoncer le passage des cortèges de colis, de malles, de sacs et de valises.

Les guichets étaient tenus par des gobelins qui vendaient les tickets valables.

Monsieur Téolorne se trouvait tout simplement dans une ascensogare, une station souterraine où les gens voyageaient en ascenseur magique, typiques des années vingt, traversant d’immenses galeries et d’innombrables grottes monumentales en sous-sol pour ne pas être visibles des hommes sur cette terre. Ces lieux d’expédition avaient été établis dans toutes les villes d’Europe afin de garantir la sécurité des êtres pourvus d’enchantement dans ce monde d’humains sans foi.

Un groom, habillé d’un pantalon noir orné de lignes rouges sur chaque côté et d’une veste rouge au col contrasté noir souligné d’un galon or, de bas de manches avec galon en pointes et de deux poches intérieures passepoilées, coiffé d’une casquette rigide rouge également doublée et ornée d’une visière noire, s’approcha de Téolorne avant de le taper sur l’épaule.

– Puis-je vous aider, monsieur ? Vous recherchez quelqu’un ?

– Oui : j’attends un de mes amis qui arrive en AGVE de Lupercale, répondit Téolorne tout en tirant sur sa pipe.

– Oh ! Eh bien dans ce cas, je vous demanderai de rejoindre le terminus 55. Il n’est pas très loin, répondit le jeune groom avant d’accoster d’autres personnes.

Téolorne se dirigea doucement vers le quai du terminus 55 et patienta au milieu de la foule qui attendait. Certains tenaient des pancartes avec des noms inscrits dessus, d’autres versaient quelques larmes de joie et d’autres encore s’impatientaient.

Quelques secondes plus tard, une clochette en bronze retentit, sonnée par un autre groom. Une porte d’ascenseur s’ouvrit, laissant entendre un « ding » suranné, permettant ainsi aux voyageurs de sortir. Téolorne examina les passagers avec attention et trouva enfin la personne qu’il était venu récupérer.

Un vieil homme, vêtu d’habits de l’ancien temps, d’une cape grise et portant un long bâton de bois sculpté de dragons, apparut devant lui. Son visage, couvert de rides, disparaissait derrière une longue barbe blanche. Sa tête était couverte d’un long chapeau pointu gris qui lui retombait sur les épaules.

– Bonjour Merlin, fit Téolorne en lui tendant une main amicale.

– Bonjour Téolorne, marquis de Lune, mon ami.

– Juste Téolorne suffira. Cela fait bien longtemps que l’on ne me nomme plus marquis de Lune... Depuis que j’ai quitté Arcane pour venir dans ce monde, et surtout dans cette bourgade où va naître Mathieu Lunéas très, très bientôt.

– C’est pour cela que j’ai entrepris tout ce voyage depuis notre royaume. Le passage de la porte intermondes était vraiment plus facile pour rejoindre Lupercale, que de prendre ces ascenseurs d’escales pour venir jusqu’ici. Le temps fut long, mais la découverte des souterrains de ce monde fut une merveille.

Ils se dirigèrent vers le parking où s’était garé Téolorne. Il entra côté conducteur et attendit que Merlin en fasse autant. Mais ce dernier resta immobile sans comprendre le sens d’une telle chose, pensant que la portière se délacerait seule de sa monture. Téolorne ouvrit la porte de l’intérieur avant de lui demander de s’asseoir.

– Ceci est une voiture, mon cher Merlin, dit-il en mettant le contact et en tirant une bouffée de fumée de sa pipe.

– Voici donc un engin bien intrigant. Fonctionne-t-il grâce à un enchantement, comme chez nous ?

– Non, non. Dans ce monde l’occultisme n’existe pas. C’est tout notre peuple qui l’a apporté il y a plus de deux mille ans de ça. Enfin, vous savez pourquoi…

– Oui, je ne le sais que trop bien.

Téolorne fit résonner le vieux klaxon, débuta le trajet en traversant un tunnel et émergea des sous-sols grâce une sortie dissimulée par une illusion ensorcelée qui faisait croire qu’à la place d’une galerie routière se trouvait un mur de roches.

– Comment va Marie ? demanda subitement Merlin.

– Elle va très bien, et Philipe aussi. Les contractions ont débuté il y a déjà quelques heures et maintenant le travail commence. Nous savons tous que ce sera un garçon et ils l’appelleront Mathieu, comme l’a annoncé la prophétie Lunéas, écrite par Romulus et Rémus.

– Nous avons bien fait de surveiller tout cela depuis des années. Avant de prendre l’AGVE à Lupercale, j’ai fait une escale au ministère des Ordres et j’ai demandé à rencontrer le nouveau ministre des Clair de Lune. Une assemblée va se tenir bientôt avec tous les ministres pour parler de cette prophétie.

Téolorne tourna prudemment à droite

– Comment se nomme le nouveau ministre des Clair de Lune ?

– Elliot Bonsergent, répondit Merlin. Il ne semble pas croire à la Prophétie et va conclure au plus vite cette assemblée pour ne pas colporter de fausses rumeurs.

– Mais nous savons tous que Mathieu Lunéas va naître et qu’il est celui qui va combattre…

– Ne prononcez pas son nom, mon cher Téolorne. Nous pourrions être espionnés par ces vermines que sont les Serpents. Notre gouvernement magique ne croit pas au prélude d’une guerre. Nous devons donc mener nos actions en secret, dans la plus complète discrétion. Le ministère ne doit rien apprendre de nos opérations établies dans l’ombre.

– Très bien, qu’il en soit ainsi.

– À Arcane, les dieux se font la guerre. Mais les plus mauvais viennent d’élire dans leur succession un certain Alias, qui sera leur Seigneur, si cela tourne mal contre eux. J’ai bien peur que Victor Darius soit aux commandes de toute cette investigation et ne cherche à faire de notre royaume un lieu où il fera proliférer ses armées dans le but de mener sa future guerre.

– Si nous ne pouvons parler de tout cela et si le ministère ne croit pas nos dires, quelle fut la raison de votre requête pour venir à Lupercale, Merlin ?

– J’ai prétendu venir au nom du conseil. J’étais accompagné de l’une de l’une de ses membres : Feolan. Elle est restée au ministère afin de surveiller l’évolution de l’assemblée. J’ai bien peur que la défense d’Arcane ne faiblisse et ne crée une brèche qui permettra ensuite à Victor Darius de s’associer à Alias.

– Dans ce cas, Elliot Bonsergent ne sert à rien s’il est incapable de croire une prophétie écrite par Romulus et Rémus. Il se voile la face !

– Ils ont vaincu autrefois Victor Darius. Mais ils ont écrit cette prophétie dans un seul but, avant de disparaître. Des bohémiens se sont mêlés de cette histoire il y a cent soixante-dix ans. Ils ont jeté un sortilège à la Prophétie et maintenant que j’en connais le but, nous devons mettre tout en place pour les événements à venir. J’ai bien peur que Victor soit de retour, que son essence parcoure encore ce monde dans l’attente d’un affrontement, termina Merlin en fixant Téolorne.

– Si le seigneur Serpent est de retour, nous devons dans ce cas nous tenir prêts, conclut Téolorne sans décrocher son regard de la route.

*****

Elle hurla de souffrance. Couchée dans son lit, les jambes maintenues en hauteur pas deux sages-femmes, Marie poussa en usant de toute l’énergie qu’elle possédait. La transpiration inondait son visage rouge de peine. Une troisième dame se tenait face à elle en usant de ses mains pour illuminer les alentours de l’entrecuisse, pendant que de petites fées ventrières nettoyaient régulièrement les parois cutanées maculées de sang.

– Poussez ! Soufflez ! Poussez ! cria une des accoucheuses.

Marie s’exécuta sans rechigner. Elle n’avait pas le choix : il fallait accomplir son miracle de la vie et mettre au monde l’enfant tant attendu.

– Votre périnée se gonfle et votre peau s’étire, annonça subitement la matrone face à elle. C’est très bon signe. Poussez !

Marie cria de toutes ses forces afin de faire sortir son bébé. Le temps lui semblait long et douloureux, mais elle vivait malgré tout le plus beau moment de sa vie, même si elle supportait les supplices de cette épreuve.

*****

Téolorne entra dans la maison, suivi de l’enchanteur. Sur leur gauche, ils aperçurent Philippe qui attendait patiemment, dans la pénombre, écoutant impuissant les cris de sa femme. Merlin claqua des doigts, ce qui alluma toutes les lumières en une fraction de seconde.

– Que la lumière soit, prononça doucement Téolorne, dans un chuchotement à peine perceptible.

Surpris de cette entrée, Philippe sortit de sa torpeur pour découvrir les deux invités.

– Téolorne, je suis content de vous revoir. Il arrive !!! s’excita Philippe.

Merlin s’approcha de Philippe et prit sa main entre les siennes.

– Je sais que tu as donné toute ta loyauté au service des Clair de Lune et de tous les autres peuples. Aujourd’hui tu vas devenir le père de l’enfant prophétique, celui que l’on nomme l’Élu de notre temps. Il faudra être fort pour affronter ce qui va arriver.

– Je le sais, Merlin. Je protégerai ma famille au péril de ma vie, répondit Philippe.

– Cet enfant n’est pas que ta famille. Il est notre espoir à tous et il faudra le préserver jusqu’à ses trente ans.

La sonnette résonna. Téolorne se hâta d’ouvrir avec la plus grande fierté. Une jeune femme accompagnée de son mari entra. Philippe jeta un œil, se délaça de Merlin et s’empressa de prendre la demoiselle dans ses bras.

– Merci d’être venue, Astride. Et merci à toi aussi, Jacques, continua-t-il en lui jetant un regard d’espoir.

– Je n’allais quand même pas louper la naissance de mon neveu, fit Astride en riant.

– Ce n’est pas vraiment ton neveu, rétorqua Jacques.

– Et alors ? Ce n’est pas parce que j’ai été adoptée que j’en suis moins sa sœur. Nous nous considérons comme telles, toutes les deux. Et Mathieu sera notre neveu à tous les deux, s’énerva Astride. Il n’en sera pas autrement.

Merlin qui écoutait attentivement, acquiesça aux paroles d’Astride sans prononcer un seul mot. Jacques attrapa sa femme par le bras pour l’emmener dans la cuisine afin de s’isoler avec elle.

– Tu me fais quoi, là ? dit-il.

– Qu’est-ce que je fais ? Eh bien je suis venue assister à la naissance de Mathieu.

– Non, je te parle de tout ce petit cirque !

– Quel cirque ?

– Tout ce qui se passe est invraisemblable ! Tout ceci n’est pas de notre monde. Ces êtres magiques et toute cette culture ne sont pas normaux ici.

– Normaux ? Marie a grandi sur Terre, comme tous les autres avant elle. Ça fait plus de deux mille ans que leur communauté s’est installée dans notre monde afin de se protéger d’un carnage. Un ancien seigneur Serpent traquait et tuait tous ceux qui étaient comme ma sœur, autrefois. Ils existent tous ici maintenant, et ils étaient là bien avant que tu ne voies le jour. Ils ont créé toutes ces légendes que nous connaissons aujourd’hui, toute cette culture, comme tu dis. Maintenant, il est temps de soutenir ma sœur dans cette épreuve et de leur prouver que nous, simples terriens que nous sommes, pouvons être aussi perspicaces qu’eux et pouvons tenir et défendre une cause juste, car cette guerre sera aussi la nôtre, que tu le veuilles ou non !

Astride quitta la pièce sans un mot de plus, laissant son mari réfléchir sur ses propos. Jacques ne savait quoi répondre, et observait le rassemblement qui se tenait dans le salon. Astride avait raison : ils ne pouvaient pas y échapper. Ils faisaient partie de cette histoire, et bientôt les choses allaient changer.

Soudain, un homme et une femme entrèrent dans la maison et se dirigèrent vers le salon. Ils saluèrent tout le monde. Jacques les rejoignit.

– Bonjour Baptiste Talman, bonjour Sélène Elouidor, commença-t-il en apercevant le bébé que tenait Sélène, emmitouflé dans un drap blanc. Vous avez un enfant ? Nous n’étions pas au courant...

– Nous venons de l’avoir. Il a deux semaines. Il est né le premier avril. Nous l’avons appelé David, reprit Baptiste. Je ne souhaite pas que mes enfants et ma femme soient au courant de son existence. Cela leur ferait beaucoup de mal.

– Puisque vous parlez de ça... Vous allez devoir oublier que vous avez été amants : voilà facilitera la tâche du confidentiel, sous peine que le secret soit dévoilé plus tard, reprit Merlin en passant sa main droite devant les yeux de Sélène Elouidor et Baptiste Talman.

Ils étaient comme hypnotisés. Merlin venait d’effacer de leur mémoire le vrai nom du père de David.

– Dans un mois, vous devrez remettre cet enfant au couple Ribaut. Christian et Nicole Ribaut sont déjà au courant de cette adoption. Nous leur avons tout expliqué pour le moment venu, sans trop leur en dire.

– Pourquoi faites-vous ça, Merlin ? questionna Astride, ne comprenant pas son action.

– Dans quelques années, une bohémienne viendra à votre rencontre et vous dévoilera quelque chose d’important, lié à un sortilège. C’est mon grand-père Myrddin qui a autorisé ce sortilège du peuple des bohémiens, afin d’approfondir la Prophétie et de donner une chance à notre petit Mathieu Lunéas, qui va bientôt naître, de vaincre un jour Victor Darius. À ce moment précis, vous comprendrez pourquoi j’ai agi ainsi.

Sélène et Baptiste reprirent leurs esprits comme si rien ne s’était passé. Astride s’avança vers eux afin de contempler leur petit et de le prendre dans ses bras pour l’embrasser. Merlin s’en approcha et le caressa du bout des doigts.

– Ce petit sera d’une importance capitale le moment venu, dit Merlin.

– Merlin, reprit Sélène, vous pensez vraiment que Victor Darius est de retour ?

Philippe coupa la parole de l’enchanteur avant qu’il ait eu le temps de répondre.

– Victor est vraiment de retour, c’est une certitude. Si le ministère des Ordres veut se voiler la face, nous devrons agir en secret afin de mettre en place la Prophétie.

Tout le monde dévisageait Merlin. La peur se lisait sur les visages.

– Alors pourquoi Romulus et Rémus ne l’ont-ils pas vaincu pour de bon il y a deux mille ans ? questionna Astride, cherchant à comprendre quelque chose d’invraisemblable.

– Victor Darius était le père de Romulus et Rémus, et un Clair de Lune n’a pas le droit de faire couler son propre sang sous peine de mourir de disgrâce. Un autre sang, mais de la même lignée a le droit de le vaincre pour de bon, répondit Merlin. Ils ont détruit son être de chair et de pouvoir, mais pas son essence. Son âme est toujours parmi nous, quelque part. Il cherche sa destinée. Il attend son heure.

– Comment le savez-vous, Merlin ? demanda Sélène.

– Il y a cent soixante-dix ans, une reine Serpent entreprit de créer une armée de reptiles nouveau-nés. Afin de pouvoir s’infiltrer partout, cette reine transforma une jeune fille en loup-garou avant de sceller son sort en la métamorphosant en Serpent. Baptiste a déjà eu affaire à elle. Le but était de retrouver la lignée de Mathieu Lunéas. À la suite de cela, des bohémiens, de connivence avec les Clair de Lune et sous les ordres de mon grand-père Myrddin, décidèrent de lancer un sortilège à cette prophétie dans un but bien précis.

– Mais ça ne nous dit pas comment vous pouvez savoir si Victor Darius est toujours parmi nous ! renchérit Jacques.

– Une reine Serpent n’agit que sous les ordres d’un seigneur Serpent et jusqu’à présent, nous n’en avons connu qu’un seul, répondit Merlin avec sagesse.

– Ils auraient pu en élire un autre, non ? continua Astride.

– Justement : si cela avait été le cas, nous l’aurions su. Un seigneur ne se fait élire qu’au sein de l’assemblée ministérielle au ministère des Ordres magiques à Lupercale, et rien de tel ne s’est produit. Le ministre des Serpents est toujours présent, mais n’a plus son mot à dire, acheva Merlin alors que les cris d’un bébé se faisaient entendre.

Les petites fées ventrières dévalèrent les escaliers, tout excitées, en volant de leurs petites ailes et annoncèrent que c’était un garçon, du nom de Mathieu. Alors, toute l’assemblée se précipita pour rejoindre Marie et le nouveau-né dans leur chambre. Personne ne parlait. Ils contemplaient tous le bébé avec attention. Une des sages-femmes prit Mathieu des bras de sa maman pour le remettre à Philippe, sous le regard attendri de son épouse.

– Maintenant que Mathieu est né, je demanderai à tout le monde de le tenir éloigné le plus possible de toute cette magie. Nous ne devons rien lui apprendre, rien lui dire et rien lui montrer jusqu’à ses trente ans, ordonna Merlin.

– Pourquoi ? demanda Astride.

– Pour éviter qu’il fasse des erreurs qui pourraient donner aux Serpents des indices sur l’endroit où il se trouve. Martha, votre mère à toutes les deux, reprit l’enchanteur en fixant Marie et Astride, a validé cette option. Tout le monde se cache à partir de maintenant, et ce dans le plus grand des secrets.

– Merlin, interrompit Marie, il faudra bien que nous accomplissions le rituel de la destinée !

– Il aura lieu bientôt, car c’est ainsi. Que personne ne s’inquiète là-dessus.

– Et que faisons-nous du ministère des Ordres ? continua Téolorne.

– Feolan, la duchesse des Feux et membre de l’ordre du Conseil à Arcane, se charge de brouiller les pistes auprès du ministre du Conseil, afin que rien ne soit divulgué lors de l’assemblée qui se tiendra bientôt à Lupercale.

– Et c’est quoi, Lupercale ? demanda subitement Astride, perdue dans toute cette affaire.

– Lupercale est une ville magique où vivent beaucoup d’entre nous. Elle fut bâtie sur Terre, en Italie, non loin de la grotte où se trouve la porte intermondes, celle qui fut ouverte par une Clair de Lune il y a longtemps. Cette cité fut construite afin de défendre ce passage. Elle est protégée par un champ magique qui la rend invisible aux yeux des humains de ce monde.

Astride se laissa tomber dans un fauteuil, abasourdie. Jacques vint la consoler en lui frottant le dos.

– Et si nous laissions Marie se reposer un peu ? proposa Merlin et sortant de la chambre, adoptant un déhanché saccadé à l’aide de son bâton de bois.

Sans se poser de questions, ils le suivirent tous et se regroupèrent dans le salon pour échanger encore quelques mots avant de se quitter définitivement. Mais c’est sans attendre une nouvelle supplémentaire qu’une petite fée ventrière vint retrouver Merlin et lui susurrer de sa petite voix fluette quelques mots à l’oreille. L’enchanteur fronça les sourcils et jeta un regard en direction de l’étage, soucieux et méfiant à propos de cette annonce soudaine qui venait de lui être faite.

– Quoi ?!? Que se passe-t-il ? questionna Philippe, inquiet.

– Laissez-moi gérer ceci, répondit Merlin en remontant les escaliers, seul.

Il frappa l’escalier d’un coup de bâton, et un bouclier bleu luminescent se dressa en haut des marches, empêchant quiconque de monter.

Intrigués, les autres attendirent que Merlin revienne afin de savoir ce qu’il se passait.

*****

Angoulême

14 juin 1985, 2 h 45

Merlin, posté dans un jardin, appuyé sur son bâton de bois, observait à travers une fenêtre. Il scrutait minutieusement Christian et Nicole Ribaut en train de coucher leur enfant, le petit David, qui leur avait été confié un mois auparavant. Ils étaient pleins d’amour pour lui et savaient s’occuper de ce petit bébé qui serait d’une importance capitale dans le futur. Merlin pouvait leur faire confiance. C’était lui-même qui avait conseillé à Sélène Élouidor de le confier à cette famille pour que puisse s’accomplir la Prophétie.

Il contemplait toujours cette petite famille quand un tourbillon de nuage gris, mélangé à des étincelles dorées, se forma à ses côtés et prit la forme d’une belle jeune femme.

– Merlin, pourquoi m’avoir convoquée dans ce monde, ici-même ? demanda la jeune femme. J’étais en train d’étudier les sciences occultes à l’Arcadémie de Lupercale.

– Ma belle Perséphone, je voulais te montrer une chose : l’amour de ce foyer. Il n’y a rien de tel que de se sentir aimé pour de vrai. Sais-tu qui est ce petit enfant ?

– Non, Merlin, je n’en sais rien, répondit-elle, intriguée.

– C’est David Ribaut. Il est le promis de Mathieu Lunéas depuis que nous avons procédé au rituel de la destinée.

– Mathieu Lunéas est né ? Ce n’est donc pas une légende, cette prophétie ?

– Non, ce n’est pas une légende. Il y a longtemps, Romulus et Rémus ont bien rédigé une prophétie qui parle du retour prochain de Victor Darius. Cette prophétie n’a jamais été prise au sérieux par le ministère des Ordres. Mais nous sommes quelques-uns à monter en secret une résistance afin de contrer ce qui risque d’arriver.

– Rien ne prouve, Merlin, que Victor Darius reviendra un jour. Il a certes été à l’origine d’une immense guerre et fait énormément de morts, mais aujourd’hui c’est de l’histoire ancienne. Peut-être que cette fameuse prophétie n’est rien d’autre qu’une vision. Nous savons tous que les deux frères jumeaux Clair de Lune avaient le don premier : c’est certainement pour cela que le ministère n’a rien pris au sérieux. Romulus et Rémus sont aujourd’hui une mémoire, de vieux souvenirs que l’on apprend maintenant dans les cours d’histoire à l’Arcadémie, comme ce Darius. Merlin, faites-vous une raison. Vous voyez le Mal là où il n’est pas.

– Les dieux se font la guerre à Arcane, dans notre royaume, chez nous. Un certains Alias vient de devenir leur successeur, au moment même où Mathieu Lunéas naissait. Le ministre des Serpents, Pytho Cercius, accepte de se récuser enfin et de ne plus avoir de voix au sein du ministère, même s’il y a toujours son siège. Les warlocks, ces puissants sorciers maléfiques qui étaient bannis du royaume d’Arcane et qui furent obligés de se retrancher sous terre après avoir aidé les Serpents à exterminer les Clair de Lune il y a deux mille ans, refont surface aujourd’hui et vont s’exiler dans les montagnes des Ténèbres où un palais est en train de se bâtir pour le successeur des mauvais dieux, Alias. Qu’en pense Déméter ?

– Ma mère a voulu m’éloigner de cette guerre entre les dieux. Elle m’a envoyée à Lupercale pour continuer à suivre l’enseignement que vous me prodiguez. Elle dit de vous que vous êtes un bon précepteur, Merlin, malgré votre persistance à croire en cette prophétie, rigola-t-elle.

– L’heure n’est pas à rire, Perséphone. Les événements actuels ne sont que les prémices d’une prochaine guerre.

– Si je vois ou si j’entends des choses, je vous en ferai part, Merlin. Mais ces derniers temps, je ne suis pas à Arcane. Le royaume est trop dangereux. J’y retournerai dans quelques annuels.

– Cette guerre entre les dieux va mal tourner. Alias prendra alors le pouvoir et je suis persuadé que Victor Darius est derrière tout ceci. Il se cache pour l’instant, afin d’éviter qu’on ne le soupçonne et qu’on sache qu’il est de retour. Il va attendre le bon moment pour se montrer.

– Et d’après-vous, quand sera le bon moment pour qu’il se montre ?

– Aux trente ans de Mathieu Lunéas, quand il aura enfin ses pouvoirs.

Une voiture arriva au loin, les phares traçant deux rayons de lumière dans la nuit, perçant l’averse qui s’abattait à torrents. Merlin savait qui se trouvait à l’intérieur et demanda expressément à Perséphone de s’en aller, ce qu’elle fit en disparaissant de nouveau dans un tourbillon de nuage gris mélangé à des étincelles dorées.

La voiture s’arrêta. Astride Lunéas en sortit pour courir vers Merlin.

– Merlin !!!!! hurla Astride, en détresse.

– Oui ma chère enfant ?

– Je suis heureuse de vous trouver. Ce soir, il s’est passé quelque chose de terrible, continua-t-elle en versant des larmes.

– Quoi ? Qu’y a-t-il ? s’empressa Merlin en attrapant Astride par les épaules.

– Marie et Philipe. Ils ont été retrouvés par Irina. Ce soir, ils étaient chassés par des loups-garous obscurs, ceux qui ont rejoint les Serpents. Ils sont morts, Merlin ! Dans un accident de voiture, sanglota Astride d’un air abattu.

– Et l’enfant ? Où est le petit Mathieu ?!? s’empressa de nouveau Merlin.

– Dans la voiture, avec moi. Mais une chose étrange s’est produite. Une lumière aveuglante est apparue sur les lieux de l’accident.

– Rentrez chez vous et protégez le petit, répondit Merlin, pressentant la vérité sur toute cette affaire. Ce que je soupçonnais depuis longtemps est en train de s’avérer vrai. Gardez l’enfant avec vous, je m’occupe du reste. Bientôt, le Cirque solaire prendra contact avec vous, Astride, termina Merlin avant de disparaître à son tour.

Sur ces paroles, Astride retourna à sa voiture, attrapa le nourrisson dans ses bras et rentra chez elle précipitamment, affolée.


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